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Politique monétaire : La demande des banques dépasse encore l’offre de la BEAC malgré un assouplissement des taux

Une quinzaine de jours après l’assouplissement de sa politique monétaire, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) enregistre une montée continue des demandes de refinancement des banques commerciales de la CEMAC. Si cette évolution traduit une réaction rapide du secteur bancaire à des conditions de financement plus favorables, elle ne signifie pas encore que les entreprises et les ménages bénéficieront automatiquement d’un accès plus abondant au crédit.

Le marché monétaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) affiche une demande de liquidité de plus en plus soutenue. Lors de son opération hebdomadaire d’injection de liquidités du 14 juillet 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a reçu des demandes totalisant 535,5 milliards de FCFA, alors que l’enveloppe mise à disposition s’élevait à 500 milliards de FCFA. Résultat, 35,5 milliards de FCFA de besoins exprimés par les établissements bancaires n’ont pas pu être satisfaits. Cette situation confirme une tendance observée depuis plusieurs semaines. Fin juin, les besoins des banques s’établissaient à environ 400 milliards de FCFA avant de progresser régulièrement au fil des adjudications hebdomadaires. En seulement trois semaines, les montants sollicités ont augmenté de près de 34 %, signe d’un recours croissant des établissements au refinancement de la banque centrale.

Cette accélération intervient dans le prolongement des décisions prises par le Comité de politique monétaire de la BEAC à la fin du mois de juin. Face à une inflation désormais contenue et à un ralentissement attendu de la croissance régionale, l’institut d’émission a choisi d’assouplir sa politique monétaire afin de soutenir l’activité économique. Le principal taux directeur, le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO), a ainsi été abaissé de 4,75 % à 4,50 %. Dans le même mouvement, le coût de la facilité de prêt marginal destinée aux besoins de trésorerie de très court terme des banques a été réduit de 6,25 % à 5,75 %.

La banque centrale a également allégé les coefficients de réserves obligatoires imposés aux établissements de crédit. Cette mesure libère une partie des ressources immobilisées auprès de la BEAC et accroît mécaniquement la capacité des banques à financer leurs activités. Même si la concomitance entre ces décisions et la hausse des demandes de refinancement est manifeste, elle ne permet pas d’établir une relation de causalité exclusive. Les besoins de liquidité peuvent également résulter d’autres facteurs, notamment des tensions temporaires de trésorerie ou de l’intensification des émissions de titres publics dans la sous-région.

Malgré la baisse du taux directeur, le coût réel du refinancement reste supérieur au plancher fixé par la banque centrale. Les opérations étant réalisées sous forme d’adjudications à taux variables, les établissements proposent eux-mêmes les taux auxquels ils souhaitent emprunter. Le 14 juillet, le taux marginal ressortait à 4,70 %, tandis que le taux moyen pondéré atteignait 4,79 %. Ce niveau demeure inférieur à celui observé avant l’assouplissement monétaire, mais il traduit également une concurrence plus forte entre banques pour accéder à des ressources dont le volume reste limité. Autrement dit, la diminution des taux décidée par la BEAC commence à produire ses effets, mais ceux-ci sont partiellement atténués par une demande de refinancement qui progresse plus rapidement que l’offre disponible.

L’augmentation des montants refinancés ne signifie pas nécessairement que davantage de crédits seront accordés aux entreprises ou aux ménages. Les liquidités obtenues peuvent être utilisées pour renouveler des financements existants, couvrir des besoins de trésorerie ou encore acquérir des obligations émises par les États de la CEMAC, souvent jugées peu risquées. La véritable mesure de l’efficacité de l’assouplissement monétaire résidera donc dans l’évolution des crédits distribués au secteur privé. Si les banques choisissent d’accroître leurs financements aux entreprises productives, l’investissement pourrait être stimulé, avec des effets positifs sur la croissance et l’emploi. À l’inverse, si les ressources restent principalement orientées vers les placements souverains ou la gestion de liquidité, l’impact sur l’économie réelle demeurera limité.

La BEAC fonde son changement d’orientation monétaire sur un environnement macroéconomique marqué par une inflation désormais maîtrisée et une croissance appelée à ralentir. Pour 2026, l’institution anticipe une progression du PIB régional de 3,2 %, contre 3,4 % l’année précédente, tandis que l’inflation moyenne devrait atteindre 2,4 %, un niveau compatible avec son objectif de stabilité des prix. Dans ce contexte, la hausse des demandes de refinancement constitue un premier signal de réactivité du secteur bancaire. Toutefois, l’enjeu dépasse désormais le seul marché monétaire. Les prochains mois permettront de déterminer si cette liquidité supplémentaire se transforme en crédits nouveaux pour les entreprises et les ménages, condition indispensable pour soutenir durablement la croissance dans l’ensemble des économies de la CEMAC.

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