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Souveraineté alimentaire : Face au recul historique de la production de viande, le Cameroun mise sur l’expertise brésilienne pour moderniser son cheptel

Confronté à une baisse de près de 27 % de sa production de viande entre 2024 et 2025, le Cameroun accélère sa stratégie de transformation de la filière bovine. L’arrivée annoncée du groupe brésilien Santa Maria, spécialisé dans la génétique animale et les intrants d’élevage, s’inscrit dans une politique visant à améliorer la productivité, réduire les importations et renforcer la sécurité alimentaire à travers l’innovation technologique.

La filière viande traverse une période délicate. Les statistiques officielles révèlent une contraction importante de la production nationale, passée de 235 960 tonnes en 2024 à 172 910 tonnes en 2025. Cette diminution de plus de 63 000 tonnes intervient alors que les besoins alimentaires progressent sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’évolution des habitudes de consommation. Ce déséquilibre entre l’offre locale et la demande exerce une pression sur les marchés, favorise les importations et accroît les risques de hausse des prix. Dans ce contexte, les autorités privilégient désormais une approche fondée sur l’amélioration de la productivité plutôt que sur l’augmentation du nombre d’animaux.

C’est dans cette logique que s’inscrit le projet porté par le groupe brésilien Santa Maria. L’entreprise prévoit de s’implanter à Ngaoundéré, au cœur du principal bassin d’élevage bovin du pays, avec une unité de production dédiée aux intrants de reproduction et à l’alimentation animale. Au-delà de l’investissement industriel, le projet prévoit des actions de transfert de compétences, notamment par l’organisation de formations sur les techniques modernes d’insémination artificielle. Cette technologie permet de diffuser plus rapidement des caractéristiques génétiques performantes, d’améliorer les taux de reproduction et d’augmenter les rendements en viande comme en lait. Le soutien affiché des autorités camerounaises, à travers la diplomatie économique, traduit la volonté d’attirer des partenaires capables d’apporter à la fois des financements, des innovations et une expertise technique.

L’initiative s’intègre dans la politique nationale d’import-substitution engagée par le gouvernement. En développant une production locale plus performante, le Cameroun espère limiter sa dépendance aux importations de produits carnés et améliorer sa balance commerciale. Cette orientation rejoint également les ambitions de création de valeur ajoutée dans les territoires d’élevage. L’implantation d’industries produisant des aliments pour bétail ou des intrants vétérinaires pourrait favoriser l’émergence d’un véritable écosystème agro-industriel dans la région de l’Adamaoua.

Malgré le recul enregistré, l’élevage bovin conserve sa place dominante dans la production nationale de viande. En 2025, il a fourni près de 69 000 tonnes, devant la volaille, le porc, les caprins et les ovins. Cette position stratégique explique l’importance accordée aux programmes d’amélioration génétique. Le projet Santa Maria vient ainsi compléter les investissements publics déjà engagés, notamment la mise en place du Centre national de production de la semence animale de Wakwa. Cette infrastructure doit produire chaque année plus de 500 000 doses de semences bovines ainsi que plusieurs centaines d’embryons destinés à accélérer la modernisation des troupeaux.

Au-delà des performances du secteur de l’élevage, la relance de la production de viande constitue un enjeu majeur pour l’économie camerounaise. Une amélioration durable des rendements pourrait contribuer à réduire les importations, stabiliser les prix sur le marché intérieur, créer des emplois dans les filières agroalimentaires et renforcer les revenus des éleveurs. Le partenariat avec le Brésil illustre également l’évolution de la coopération économique vers des projets davantage centrés sur le transfert de technologies et le développement des compétences locales. Reste désormais à transformer ces engagements en résultats concrets sur le terrain. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité à diffuser les innovations auprès des éleveurs, à assurer un accès durable aux intrants de qualité et à structurer une chaîne de valeur suffisamment compétitive pour répondre à une demande nationale en constante progression.

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