A la UneInfrastructures

Transport ferroviaire : Une nouvelle phase de croissance pour repositionner le rail au cœur de l’économie

Après plus de deux décennies d’exploitation sous le régime de la concession ferroviaire, CAMRAIL revendique un rôle central dans la modernisation du transport ferroviaire camerounais. Entre investissements massifs, renforcement de la sécurité, relance du transport des voyageurs et préparation des futurs corridors industriels, l’opérateur entend démontrer que le rail demeure un outil stratégique pour la compétitivité économique du Cameroun et l’intégration sous-régionale.

Le chemin de fer camerounais traverse une phase de transformation qui s’inscrit dans la durée. Selon les données présentées par CAMRAIL lors d’un échange avec la presse, plus de 300 milliards de FCFA ont été injectés dans le système ferroviaire depuis la mise en concession en 1999. Ces investissements ont permis de moderniser progressivement un réseau longtemps confronté au vieillissement des infrastructures et du matériel roulant. Le nombre de locomotives en service est ainsi passé de neuf unités à quarante-trois aujourd’hui, tandis qu’une part importante du réseau a bénéficié d’importants travaux de renouvellement. Au-delà de la simple remise à niveau technique, cette dynamique traduit une volonté de préserver un mode de transport considéré comme indispensable à la circulation des marchandises et à la cohésion territoriale.

La sécurité, enjeu majeur de crédibilité

Près de dix ans après la catastrophe ferroviaire d’Eséka, la question de la sécurité continue d’occuper une place centrale dans la stratégie de l’entreprise. L’opérateur affirme avoir considérablement renforcé ses investissements dans la maintenance des voies et des équipements. Pour l’année 2025, le budget consacré à l’entretien ferroviaire atteint 5,2 milliards de FCFA, un niveau supérieur à la moyenne observée au cours des exercices précédents. La modernisation des ateliers de maintenance de Bassa, l’acquisition de nouveaux équipements de contrôle technique ainsi que l’installation de systèmes embarqués de surveillance sur les locomotives participent à cette démarche. Pour CAMRAIL, la fiabilité des circulations constitue désormais un facteur essentiel de confiance pour les voyageurs, les chargeurs et les pouvoirs publics.

Le défi de la reconquête du marché voyageurs

Le transport de passagers représente l’un des chantiers les plus sensibles de la relance ferroviaire. La disparition du Train InterCity après l’accident d’Eséka avait profondément réduit l’offre de mobilité entre les principales villes du pays. La mise en circulation du Train Express en 2021 a marqué un premier pas vers le retour d’un service régulier. En 2025, cette offre a permis de transporter près de 359 000 voyageurs. Toutefois, les performances demeurent en deçà des niveaux enregistrés avant 2016. L’entreprise estime néanmoins que cette situation est davantage liée à une réduction des fréquences qu’à une baisse de la demande. L’acquisition annoncée de nouvelles voitures voyageurs et de modules autorails pourrait ainsi ouvrir une nouvelle étape dans la reconquête du marché.

Le fret, pilier économique du rail camerounais

Si le transport des voyageurs revêt une dimension sociale importante, le fret reste le principal moteur économique de l’activité ferroviaire. Chaque année, plus de 1,5 million de tonnes de marchandises transitent par le réseau exploité par CAMRAIL. Produits industriels, marchandises importées, matières premières et approvisionnements destinés à l’hinterland empruntent quotidiennement cette infrastructure stratégique.

Dans un contexte marqué par l’émergence de nouveaux projets miniers et industriels, l’entreprise cherche à renforcer ses capacités logistiques. L’acquisition de locomotives supplémentaires et l’arrivée prochaine de nouveaux wagons témoignent de cette volonté d’anticiper l’augmentation des flux. Pour les économistes du transport, le rail offre un avantage déterminant : sa capacité à déplacer de grands volumes sur de longues distances à des coûts relativement compétitifs, tout en limitant la congestion routière.

Un impact économique au-delà des rails

L’activité ferroviaire génère également des retombées importantes pour l’économie nationale. CAMRAIL indique avoir reversé environ 240 milliards de FCFA à l’État sous forme d’impôts, taxes et redevances depuis le début de la concession. Parallèlement, près de 200 milliards de FCFA auraient été injectés dans le tissu économique local à travers les contrats attribués aux fournisseurs et sous-traitants camerounais. L’entreprise met aussi en avant sa politique de formation. Depuis 2017, près de 600 jeunes Camerounais ont été recrutés après avoir bénéficié de programmes de qualification aux métiers ferroviaires, contribuant ainsi à la création d’emplois techniques spécialisés.

Le rail comme levier de souveraineté économique

Au-delà des résultats opérationnels, les ambitions affichées dépassent désormais le cadre du transport classique. Le développement projeté de la liaison ferroviaire entre Edéa, Kribi, Lolabe et Campo illustre cette nouvelle vision. Ce projet, porté conjointement par l’État, Africa Global Logistics et Camalco, vise à accompagner la montée en puissance des activités industrielles et minières autour du port en eau profonde de Kribi.

Dans cette perspective, le rail apparaît comme un maillon essentiel d’une chaîne logistique intégrée reliant zones de production, infrastructures portuaires et marchés internationaux. À l’heure où le Cameroun cherche à accélérer son industrialisation, le transport ferroviaire pourrait ainsi retrouver une place stratégique dans les politiques publiques. Son potentiel en matière de compétitivité logistique, de réduction des coûts de transport et de transition environnementale en fait un instrument de développement dont l’importance devrait croître au cours des prochaines années.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 * 5 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page