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ZLECAf : La jeunesse africaine adhère à l’Union africaine, mais ignore encore son principal levier économique

Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est appelée à transformer les échanges intra-africains en créant un marché commun de 1,4 milliard de consommateurs, sa notoriété demeure étonnamment faible auprès des jeunes. Une enquête continentale révèle qu’à peine un jeune Africain sur cinq connaît réellement cet accord, pourtant conçu pour favoriser l’entrepreneuriat, l’industrialisation et l’intégration économique. Ce déficit d’information risque de limiter les retombées d’un projet considéré comme l’un des plus ambitieux de l’histoire économique du continent.

Cinq ans après le lancement effectif des premiers échanges commerciaux dans le cadre de la ZLECAf, le plus vaste projet d’intégration économique porté par l’Union africaine peine encore à s’imposer dans l’imaginaire collectif des jeunes Africains. C’est l’un des principaux enseignements de l’édition 2026 de l’African Youth Survey, réalisée auprès de près de 5 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans dans seize pays du continent. L’étude montre que seulement 22 % des personnes interrogées déclarent connaître l’existence de la ZLECAf. Ce niveau de notoriété reste pratiquement inchangé depuis plusieurs années, alors même que les États africains multiplient les initiatives destinées à accélérer la mise en œuvre de l’accord. Ce constat contraste avec l’image très favorable dont bénéficie l’Union africaine auprès de cette même génération. L’organisation continentale recueille un niveau d’approbation particulièrement élevé, traduisant une confiance grandissante dans les institutions panafricaines. En revanche, son principal instrument économique demeure largement méconnu.

Une visibilité étroitement liée aux politiques nationales

L’enquête met en évidence de fortes disparités selon les pays. Les meilleurs niveaux de connaissance sont observés dans des États ayant fait de la ZLECAf un sujet de communication publique ou un axe majeur de leur politique économique. Le Ghana, qui accueille le secrétariat permanent de la ZLECAf, figure parmi les pays où l’accord est le plus identifié. Le Liberia affiche également un niveau élevé de notoriété après avoir engagé plusieurs actions nationales de sensibilisation. À l’inverse, plusieurs grands marchés africains enregistrent des taux particulièrement faibles. C’est notamment le cas de la République démocratique du Congo, du Kenya ou encore de la Zambie, où la majorité des jeunes ignore toujours les opportunités offertes par le marché continental. Cette situation illustre un enjeu majeur de politique publique. Au-delà de la signature des accords, leur appropriation dépend largement des campagnes d’information, de la formation des entrepreneurs et de l’implication des administrations nationales.

Un potentiel économique encore sous-exploité

La faible connaissance de la ZLECAf intervient pourtant dans un contexte où les attentes des jeunes évoluent rapidement. La création d’emplois demeure leur première préoccupation, mais l’entrepreneuriat gagne progressivement du terrain parmi leurs priorités. Cette évolution est particulièrement visible dans plusieurs économies africaines où une part croissante de la jeunesse souhaite créer sa propre entreprise plutôt que rechercher exclusivement un emploi salarié. Or la ZLECAf constitue précisément un outil destiné à élargir les débouchés des entreprises africaines. En réduisant progressivement les barrières tarifaires et en harmonisant les règles commerciales, elle doit permettre aux PME d’accéder plus facilement aux marchés voisins et d’atteindre une clientèle continentale. Pour les économistes, cette dynamique pourrait favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales, renforcer la transformation locale des matières premières et accroître les échanges intra-africains, encore nettement inférieurs à ceux observés en Europe ou en Asie.

L’information, un maillon essentiel de l’intégration

L’étude montre également que les jeunes qui connaissent déjà la ZLECAf se montrent largement optimistes quant à ses effets sur leur économie nationale. Cette relation entre connaissance et confiance souligne l’importance de la sensibilisation dans la réussite du projet. Sur le plan économique, la ZLECAf ne peut produire tous ses effets si les principaux bénéficiaires potentiels, entrepreneurs, commerçants, start-up et PME, ignorent les mécanismes qui leur sont destinés. Les avantages liés aux préférences tarifaires, aux règles d’origine ou aux nouvelles facilités commerciales restent inutilisés lorsqu’ils demeurent méconnus.

Au-delà des infrastructures, de la logistique ou des réformes réglementaires, la diffusion de l’information apparaît ainsi comme un levier stratégique. Former les jeunes, intégrer la ZLECAf dans les programmes universitaires, renforcer les campagnes de communication et accompagner les entreprises pourraient accélérer l’appropriation de cet espace économique commun. En définitive, le défi de la ZLECAf ne réside plus uniquement dans la signature des accords ou leur mise en œuvre administrative. Il consiste désormais à transformer un projet institutionnel en une réalité économique comprise et exploitée par les millions de jeunes Africains appelés à bâtir les entreprises de demain.

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