Marchés agricoles : L’Inde ferme le robinet des exportations de sucre et secoue le marché international
Deuxième producteur mondial de sucre et premier consommateur de la planète, l’Inde a décidé de suspendre ses exportations jusqu’à fin septembre 2026. Cette mesure, motivée par les craintes d’un recul de la production lié au phénomène climatique El Niño, pourrait accentuer les tensions sur les prix mondiaux dans un contexte déjà marqué par une baisse attendue de l’offre au Brésil et un déficit global annoncé pour la prochaine campagne.

Le gouvernement indien a annoncé, le 13 mai, l’arrêt immédiat des exportations de sucre brut et raffiné. Les autorités veulent avant tout sécuriser l’approvisionnement du marché domestique, alors que la consommation nationale dépasse déjà les 30 millions de tonnes par an.
Cette décision intervient dans un climat d’incertitude agricole. Les prévisions tablent sur une nouvelle campagne déficitaire entre production et consommation pour la saison 2026/2027. Les producteurs indiens redoutent notamment les conséquences d’El Niño, un phénomène météorologique susceptible de perturber la mousson et de réduire les rendements de la canne à sucre. Dans plusieurs régions agricoles, les risques de faibles précipitations nourrissent déjà les inquiétudes des industriels et des agriculteurs. Pour les autorités, limiter les exportations apparaît donc comme un moyen de prévenir une flambée des prix sur le marché local.
Malgré cette suspension, New Delhi a prévu certaines exceptions. Les cargaisons dont les opérations de chargement avaient déjà débuté avant la publication officielle de la mesure pourront quitter le territoire. Les exportateurs ayant déjà effectué leurs formalités douanières ou dont les navires sont présents dans les ports indiens restent également autorisés à honorer leurs engagements.
Avant cette décision, l’Inde avait donné son feu vert pour l’exportation de 1,59 million de tonnes de sucre. Selon plusieurs sources du marché, environ 800 000 tonnes avaient déjà fait l’objet de contrats, dont plus de 600 000 tonnes expédiées. Pour les opérateurs internationaux, cette volte-face complique davantage les échanges. Plusieurs acheteurs asiatiques et africains pourraient désormais être contraints de se tourner vers d’autres fournisseurs à des coûts plus élevés.
La mesure indienne survient au moment où le Brésil, premier producteur mondial de sucre, réoriente une partie de sa canne vers la fabrication d’éthanol. Cette stratégie est encouragée par la hausse des cours pétroliers provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Brasilia prévoit d’augmenter le taux d’incorporation d’éthanol dans le carburant, passant de 30 % à 32 % d’ici la fin juin. Cette orientation devrait réduire les volumes disponibles pour le sucre. Selon les estimations de l’agence brésilienne Conab, la production nationale devrait légèrement reculer cette saison pour s’établir à 43,95 millions de tonnes.
Avec la restriction des exportations indiennes et le ralentissement attendu de l’offre brésilienne, les analystes anticipent une hausse durable des prix sur les marchés internationaux. Le cabinet australien Green Pool prévoit déjà un déficit mondial de 4,3 millions de tonnes de sucre pour la campagne 2026/2027. Dans ce contexte, le marché mondial du sucre ressemble de plus en plus à une chaudière sous pression, où chaque décision politique ou aléa climatique suffit désormais à faire grimper les cours.



