Lomié-Nkamouna : Le Cameroun face au défi de convaincre un investisseur minier
Le projet minier de Lomié-Nkamouna, dans la région de l’Est, entre dans une nouvelle zone de turbulences. L’appel international lancé par la Société nationale des mines (Sonamines) pour sélectionner un partenaire chargé de financer, développer et exploiter le gisement de cobalt, nickel et manganèse n’a débouché sur aucune candidature jugée satisfaisante. Après cet échec, le Cameroun mise désormais sur des négociations directes. Mais entre l’évolution défavorable des marchés, le vieillissement des études et les contraintes du secteur minier national, la recherche d’un investisseur s’annonce particulièrement exigeante.

La Sonamines a officiellement clos, le 18 août, la procédure engagée en janvier pour trouver un opérateur capable de relancer Nkamouna. Les candidats devaient présenter de solides références internationales, notamment au moins quinze années d’expérience dans l’industrie minière, une présence ou une expérience en Afrique et une capacité financière attestée par un résultat d’exploitation annuel d’au moins 150 millions de dollars au cours des cinq dernières années.
Au-delà de l’investissement, le partenaire recherché devait prendre en charge l’actualisation des études techniques et environnementales, puis assurer le développement et l’exploitation du gisement. Aucun des dossiers reçus n’ayant franchi le filtre de sélection, la Sonamines abandonne la compétition formelle au profit de discussions avec des investisseurs potentiels. Cette décision ne signifie toutefois pas que le projet est abandonné. Elle traduit plutôt la difficulté à faire coïncider les ambitions du Cameroun avec les conditions actuelles du marché minier international.
Un gisement prometteur, mais une équation économique à revoir
Lomié-Nkamouna dispose d’atouts importants. L’étude de faisabilité réalisée en 2011 évaluait les réserves prouvées et probables à 68,1 millions de tonnes, contenant notamment du cobalt, du nickel et du manganèse. Le schéma industriel retenu à l’époque tablait sur une production annuelle d’environ 6 100 tonnes de cobalt et 3 300 tonnes de nickel durant les onze premières années d’exploitation à pleine capacité. L’investissement initial avait alors été estimé à 617,2 millions de dollars. Mais quinze années ont profondément modifié l’économie du projet. Pour les analystes du secteur, l’un des principaux enjeux sera précisément de déterminer si les hypothèses retenues en 2011 restent compatibles avec les coûts actuels de construction, d’énergie, de transport, de financement et de transformation. L’actualisation de l’étude de faisabilité apparaît donc moins comme une formalité que comme une étape indispensable pour recalculer la rentabilité réelle du projet.
Le nickel et le cobalt ne jouent plus la même partition
Le contexte international complique davantage la recherche de capitaux. Le cobalt connaît certes une remontée spectaculaire de ses cours, mais celle-ci est largement liée aux restrictions d’exportation mises en place par la République démocratique du Congo, premier producteur mondial. Cette situation ne suffit pas à effacer les inquiétudes liées à un marché structurellement marqué par une offre abondante. Le nickel présente une équation encore plus délicate. L’accumulation des stocks et l’augmentation de la production indonésienne maintiennent une forte pression sur les prix. Pour un investisseur, financer aujourd’hui une nouvelle capacité minière nécessite donc de parier sur une amélioration future de la demande. Cette incertitude est renforcée par la transformation rapide de l’industrie des batteries. Les technologies lithium-fer-phosphate, qui utilisent beaucoup moins, voire pas du tout, de nickel et de cobalt, gagnent du terrain dans les véhicules électriques et le stockage d’électricité.
Le Cameroun doit aussi rassurer sur son environnement minier
L’autre difficulté se situe à l’intérieur du pays. Le Cameroun connaît actuellement une accélération de ses grands projets miniers, notamment dans le fer, la bauxite et l’or. Cette dynamique peut constituer un signal positif pour Nkamouna, mais le secteur reste encore jeune et pèse moins de 1 % du PIB. Les infrastructures constituent notamment un point de vigilance. L’accès aux routes, au chemin de fer, à l’électricité et aux installations logistiques peut alourdir les dépenses d’un projet situé dans une zone éloignée des principaux centres industriels et portuaires. Pour un investisseur international, la question n’est donc plus seulement de savoir si le sous-sol camerounais contient suffisamment de minerai. Il faut aussi déterminer à quel coût ce minerai pourra être extrait, transporté, transformé et commercialisé.
Les négociations directes comme nouvelle carte
La prochaine étape sera déterminante. En abandonnant l’appel à manifestation d’intérêt, la Sonamines gagne en souplesse pour discuter directement avec des groupes susceptibles d’apporter à la fois capitaux, technologie et expertise opérationnelle. Mais cette flexibilité devra s’accompagner d’une stratégie claire. Le Cameroun devra trouver l’équilibre entre ses exigences initiales et les conditions imposées par les investisseurs. Pour les économistes, l’enjeu sera notamment d’éviter de concéder trop de valeur pour rendre le projet attractif, tout en offrant suffisamment de garanties pour compenser les risques géologiques, logistiques, financiers et commerciaux.
Lomié-Nkamouna se retrouve ainsi à un tournant. Le potentiel géologique existe, mais il doit désormais être converti en une équation industrielle suffisamment solide pour convaincre les capitaux internationaux. La bataille ne se joue donc plus uniquement dans le sous-sol de l’Est. Elle se joue aussi dans les modèles financiers, les infrastructures et la capacité du Cameroun à proposer un projet minier compétitif dans un marché des métaux en pleine recomposition.



