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Matières premières agricoles : El Niño ravive les tensions sur le marché du cacao et fait remonter les prix internationaux

Après plusieurs mois d’accalmie, les cours mondiaux du cacao repartent à la hausse sous l’effet des inquiétudes liées à un possible retour d’El Niño. Les risques climatiques qui pèsent sur la Côte d’Ivoire et le Ghana, principaux producteurs mondiaux, pourraient remettre en cause les perspectives de surplus attendues pour la campagne 2026/2027 et alimenter une nouvelle période de volatilité sur le marché.

Les marchés internationaux du cacao renouent avec une tendance haussière. Le 9 juillet, les contrats à terme ont atteint près de 6 094 dollars la tonne à Londres et 4 521 livres sterling à New York, un niveau inédit depuis environ six mois. Cette progression traduit le retour des inquiétudes des investisseurs face à l’évolution des conditions météorologiques en Afrique de l’Ouest. En début d’année, le marché semblait pourtant s’orienter vers un rééquilibrage. Les prévisions d’une meilleure récolte en Côte d’Ivoire et au Ghana avaient entraîné un recul des prix, très éloignés des records historiques enregistrés en 2024. L’apparition annoncée d’El Niño bouleverse désormais ce scénario et ravive les craintes d’un nouvel épisode de déficit d’approvisionnement.

L’Afrique de l’Ouest au cœur des préoccupations

La Côte d’Ivoire et le Ghana assurent ensemble plus de 60 % de la production mondiale de cacao. Toute perturbation climatique dans cette région exerce donc une influence immédiate sur les marchés internationaux. Les pluies abondantes enregistrées ces derniers mois alimentent déjà les inquiétudes. Au Ghana, l’excès d’humidité favorise la propagation de la pourriture brune, une maladie fongique qui détruit les cabosses, tandis que plusieurs zones de production ont subi des dégâts sur les floraisons. Les producteurs alertent également sur la nécessité de renforcer rapidement les traitements phytosanitaires afin de limiter les pertes. En Côte d’Ivoire, les précipitations exceptionnelles font craindre une multiplication des maladies des cacaoyers ainsi que des inondations dans certaines plantations. Face à ces incertitudes, les autorités de régulation adoptent une stratégie prudente en ralentissant la commercialisation anticipée de la prochaine récolte afin d’éviter de s’engager sur des volumes qui pourraient ne pas être disponibles.

Le souvenir encore vif de la crise de 2024

Les opérateurs gardent en mémoire les conséquences du précédent épisode d’El Niño. Entre 2023 et 2024, l’alternance de pluies excessives, de fortes chaleurs et de vents secs de l’Harmattan avait provoqué une chute importante de la production régionale. Cette situation avait entraîné une flambée historique des prix, culminant à plus de 12 900 dollars la tonne. Les dernières projections climatiques laissent craindre un phénomène d’une intensité comparable, ce qui alimente les achats spéculatifs sur les marchés à terme avant même que les récoltes ne soient réellement affectées.

Des conséquences économiques bien au-delà des plantations

Au-delà des producteurs, une nouvelle baisse de l’offre mondiale aurait des répercussions sur l’ensemble de la filière chocolat. Les industriels pourraient être confrontés à une hausse de leurs coûts d’approvisionnement, avec un risque de répercussion sur les prix payés par les consommateurs. Pour les pays producteurs, la situation présente un double visage. Des cours élevés peuvent accroître les recettes d’exportation, mais uniquement si les volumes récoltés restent suffisants. En cas de recul marqué de la production, les gains liés aux prix risquent d’être compensés par la diminution des quantités exportées, limitant les bénéfices pour les économies nationales et les revenus des exploitants.

Les premières estimations évoquent déjà une possible baisse de la récolte ivoirienne à environ 1,7 à 1,8 million de tonnes lors de la campagne 2026/2027, contre près de 2,2 millions de tonnes la saison précédente. Si cette tendance se confirmait, le marché mondial pourrait rapidement revenir dans une situation de déficit, prolongeant ainsi la volatilité qui caractérise la filière cacao depuis plusieurs années.

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