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NHPC-Sonatrel-Socadel : Une synergie  sous délestage

Production mal absorbée faute de lignes de transport suffisantes ; lignes de distribution vieillissantes ; des impayés de consommation au compteur … Etc. Le secteur énergétique camerounais fait face à une combinaison de défis qui touche jusqu’au cadre de la collaboration multisectorielle. Une situation qui, au-delà de justifier la persistance des délestages dans plusieurs villes, ménages et entreprises du pays. Illustre davantage les fragilités d’un secteur d’activité fractionné en plusieurs entités.

Le législateur a depuis plusieurs années élaboré une politique qui clarifie le champ d’action et le rôle des différents acteurs intervenants dans la gestion du secteur énergétique. Du producteur au distributeur en passant par le transporteur, le régulateur et le planificateur ; le cadre de collaboration multisectoriel pensé pour faire rayonner le secteur n’a pourtant pas porté les fruits attendus. Le cas des 3,6 TWh injectés en un an par Nachtigal pousse à l’interrogatoire, ce dans un contexte où les délestages ont fait leur grand retour auprès des consommateurs.

Totalement opérationnel depuis mai 2025, le barrage hydroélectrique de Nachtigal a fin mai 2026, injecté 3 613 785 MWh dans le réseau électrique, l’équivalent d’environ 3,6 térawattheures en un an rapportent les chiffres de Nachtigal Hydro Power Company confirmées par la Société Nationale de Transport de l’Électricité.

Problème : Malgré un taux de disponibilité supérieur à 94 % et un taux de réalisation des activités de maintenance de 99 %. L’énergie produite par cette centrale considérée comme la plus puissante du Cameroun peine à couvrir les près de 30 % des besoins énergétiques identifiés.

Socadel et Sonatrel, coupables implicitement désignés

Comment comprendre que l’énergie produite depuis le barrage de Nachtigal n’atteigne pas encore les cibles répertoriées ?

Tout en défendant leur position de producteur indépendant, Nicolas Bec, directeur d’exploitation de NHPC semble sans les nommer directement, trouver les coupables de cette hémorragie. « Entre l’outil de production, qui est Nachtigal, et le consommateur, il y a beaucoup d’équipements qui n’appartiennent pas à NHPC… « On était à 200 MW jeudi 4 juin 2026 en milieu de journée. Cette énergie doit s’évacuer immédiatement. C’est sûr qu’elle part. Maintenant, pourquoi n’arrive-t-elle pas toujours jusqu’à l’utilisateur ? Il y a d’autres infrastructures entre le producteur et le consommateur : des lignes de transport, des lignes de distribution, des postes de transmission. C’est certainement au niveau de ces équipements intermédiaires qu’il faut aujourd’hui s’intéresser », soutient t’il mordicus.

À l’analyse des propos de Nicolas Bec, si les usagers camerounais broient du noir, c’est à la Sonatrel et à la Socadel qu’il faut poser les vraies questions. D’ailleurs sur le terrain, NHPC explique qu’une fois l’énergie produite à Nachtigal, celle-ci est transportée via une ligne de 225 kV longue de 51 km qui relie l’usine de production au poste de raccordement de Nyom II au nord de Yaoundé. À partir de ce dernier point, son champ d’action s’évapore et c’est aux acteurs du transport et de la distribution de prendre le relais.

Une collaboration multi-acteurs en panne

NHPC insiste sur le fait que l’utilisation de l’énergie produite par ses soins ne lui appartient pas, mais plutôt aux transporteurs et aux distributeurs de l’électricité. Cette ténacité verbale met à nu une toute autre réalité, celle de la collaboration entre les acteurs.

Tandis que la Sonatrel met en avant les efforts jusqu’ici engagés avec la construction progressive de nouvelles lignes de transport, la pose de nouveaux transformateurs sans oublier l’opération de remplacement des poteaux en bois par ceux en béton. À la Société camerounaise d’électricité, l’heure est à la recherche des financements. La nouvelle entreprise publique, héritier d’un lourd passif financier de plus de 800 milliards FCFA généré par Eneo, vient d’adopter un budget de 630 milliards FCFA. À en croire les responsables, cette enveloppe permettra via des investissements spécifiques de stabiliser le secteur électrique national en proie à d’importantes difficultés structurelles. Selon les données communiquées, 375 milliards seront alloués aux achats d’énergie, le transport de l’électricité et l’approvisionnement en combustibles pour les centrales thermiques. Parallèlement une enveloppe de 74,6 milliards sera spécifiquement dédiée à la modernisation des infrastructures de distribution et de transport.

À la lumière des positions observées auprès des uns et des autres, chaque acteur semble défendre son bilan et ses projets à venir. Une stratégie peu payante dans cette organisation éclatée où NHPC produit, Sonatrel assure le transport tandis que la distribution relève de la Socadel.  Pour Nicolas Bec, la coordination entre les acteurs est un impératif pour que l’énergie disponible puisse avoir un effet visible sur les ménages et les entreprises.

Selon la même source, l’alimentation du maximum d’usagers dépend de la capacité des différents opérateurs à travailler ensemble au quotidien. À ce titre, le distributeur doit établir le programme d’appel des moyens de production en fonction de la demande, tandis que le transporteur veillera à l’équilibre du réseau en temps réel. Le producteur communiquera la disponibilité et la performance de ses installations.

De l’avis de plusieurs spécialistes des questions énergétiques, une telle perception de la collaboration entre les différents acteurs impliqués dans la gestion du secteur contribuerait à « sécuriser les projets, optimiser les performances afin de mieux répondre aux attentes des clients ou des usagers ».

Le temps d’une prise de conscience collective, le défi le plus incontournable reste le renforcement du réseau, l’amélioration de la distribution, la clarification des responsabilités opérationnelles et la restauration de l’équilibre financier du secteur. Si cela n’est pas pris en compte, « Quel que soit la capacité de production mise en œuvre, les mégawatts produits ne contribueront pas à améliorer durablement le service destiné aux consommateurs », assurent les analystes.

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