SCB Cameroun : Les crédits accélèrent tandis que les dépôts reculent à fin juillet
La SCB Cameroun a porté ses concours bruts à la clientèle à 489,3 milliards de FCFA au 31 juillet 2026, alors que les dépôts retenus dans l’analyse se sont contractés à 717,2 milliards. En deux mois, cette évolution a mécaniquement rapproché les emplois de ressources collectées auprès de la clientèle. Une lecture qui traduit surtout un changement dans la structure du bilan, plutôt qu’un signal automatique de tension financière.

À fin juillet 2026, le portefeuille de concours bruts de la SCB Cameroun affiche 489,3 milliards de FCFA. Cet encours comprend principalement 395,9 milliards de crédits directs, auxquels s’ajoutent 16,9 milliards de crédit-bail et 76,5 milliards de comptes débiteurs. En intégrant les créances rattachées, le montant comptable atteint environ 492,2 milliards de FCFA. Rapporté aux 717,2 milliards de dépôts à vue, d’épargne et à terme, l’encours brut de crédits représente 68,2 % des ressources ainsi retenues.
Pour les économistes, ce ratio doit toutefois être manié avec précaution. Il s’agit d’un rapprochement arithmétique entre deux masses du bilan et non d’un indicateur réglementaire de liquidité. « Une hausse du ratio crédits/dépôts ne signifie pas, à elle seule, que la banque rencontre un problème de liquidité », analyse un cadre du secteur bancaire. La banque dispose en effet d’autres sources de refinancement et d’actifs liquides qui ne sont pas capturés par ce seul rapport.
Les comptes débiteurs portent l’essentiel de la progression
L’évolution observée depuis mai est particulièrement révélatrice. Les concours bruts, hors créances rattachées, sont passés de 477,5 milliards de FCFA à environ 489,3 milliards en deux mois, soit une progression de 11,8 milliards, équivalente à 2,5 %. Mais derrière cette hausse globale se cache une dynamique beaucoup plus concentrée. Les crédits directs n’ont progressé que de 2,27 milliards, soit 0,6 %, tandis que le crédit-bail a diminué de 715 millions.
À l’inverse, les comptes débiteurs ont bondi de 66,2 milliards à 76,5 milliards de FCFA. Leur progression de 10,25 milliards explique à elle seule près de 87 % de l’augmentation nette des concours. Cette configuration peut traduire une demande accrue de financement à court terme de la part des entreprises et des opérateurs économiques. Elle appelle cependant une lecture prudente : les comptes débiteurs ne renseignent pas, à eux seuls, sur la nature économique des besoins financés ni sur leur niveau de risque.
Des ressources clientèle moins abondantes
Le mouvement est plus contrasté du côté des dépôts. Ceux retenus pour le calcul passent de 736,4 milliards de FCFA en mai à 717,2 milliards fin juillet, soit une diminution de 19,2 milliards ou 2,6 %. Le recul provient essentiellement des comptes à vue, dont l’encours baisse de 17,9 milliards. Les dépôts à terme diminuent également de 1,7 milliard, tandis que l’épargne progresse légèrement, de 428 millions.
Cette évolution porte mécaniquement le ratio concours/dépôts de 64,8 % à 68,2 %. Pour un économiste bancaire, le phénomène mérite davantage d’être interprété comme « une recomposition du bilan » que comme une alerte immédiate. Il faudrait notamment disposer des données sur les flux de trésorerie, les échéances des dépôts, les engagements à court terme et les ratios réglementaires pour déterminer si la situation exerce une pression réelle sur la liquidité.
Une collecte dominée par les dépôts à vue
La structure des ressources constitue néanmoins un élément important du tableau. Sur les 717,2 milliards de FCFA retenus, les dépôts à vue représentent 533,4 milliards, soit près des trois quarts. Les comptes d’épargne atteignent 163,9 milliards, tandis que les dépôts à terme ne pèsent que 19,9 milliards. La banque dispose donc d’une base de financement largement constituée de ressources immédiatement mobilisables par la clientèle. En face, les crédits directs sont très majoritairement classés à moyen terme. Ils représentent 331,6 milliards de FCFA, soit 83,8 % des crédits directs. Le court terme atteint 61,8 milliards et le long terme seulement 2,5 milliards.
Cette apparente différence entre la maturité des ressources et celle des emplois ne permet cependant pas, en elle-même, de conclure à un déséquilibre. « Le classement comptable des crédits ne suffit pas à mesurer le risque de transformation », souligne un analyste financier. Les échéanciers réels des prêts, la rotation des dépôts et les actifs de trésorerie sont indispensables pour établir un diagnostic.
Plus de 322 milliards de FCFA placés en titres et en opérations de trésorerie
Un autre élément du bilan atténue la lecture centrée sur le seul ratio crédits/dépôts. La SCB Cameroun affiche 107,2 milliards de FCFA de titres de placement et 215,1 milliards d’opérations interbancaires et de trésorerie. Ces deux catégories représentent ensemble 322,3 milliards de FCFA, soit environ 35 % du total bilan, établi à 912,4 milliards de FCFA. Après prise en compte des dettes interbancaires et rattachées, la position interbancaire nette demeure positive, à environ 185,6 milliards de FCFA à l’actif. Pour les spécialistes, cette position constitue un élément important dans l’appréciation de la capacité de la banque à gérer ses besoins de trésorerie. Elle montre surtout que le bilan ne se résume pas au couple dépôts-crédits.
Une solidité réglementaire à replacer dans le temps
Sur le plan prudentiel, les dernières données disponibles dans les publications du groupe Attijariwafa bank indiquent qu’au 31 décembre 2025, la SCB Cameroun disposait de 86,07 milliards de FCFA de fonds propres réglementaires pour 543,92 milliards de risques pondérés. Son ratio global de solvabilité atteignait alors 15,82 %, pour un minimum réglementaire de 11,50 %. La banque disposait donc d’un coussin de solvabilité de 4,32 points. Ces chiffres ne peuvent toutefois pas être directement transposés à juillet 2026, faute de publication de ratios prudentiels actualisés. Filiale détenue à 51 % par Attijariwafa bank, la SCB Cameroun affichait par ailleurs, dans les données arrêtées au 31 décembre 2025, une situation nette de 105,4 milliards de FCFA et un résultat net de 18 milliards.



