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Sucre : Le Cameroun veut transformer un marché dominé par les importations en pôle industriel régional

Avec une consommation estimée à près de 400 000 tonnes par an, le Cameroun demeure le premier débouché du sucre importé en Afrique centrale. L’annonce d’un investissement de 100 millions de dollars pour une nouvelle raffinerie, combinée aux ambitions publiques de porter la production nationale à 500 000 tonnes, pourrait rebattre les cartes d’une filière appelée à jouer un rôle stratégique dans l’économie et le commerce sous-régional.

La filière sucrière camerounaise s’apprête à franchir une nouvelle étape. L’arrivée annoncée d’un nouvel investisseur industriel, qui prévoit de mettre en service une raffinerie d’une capacité annuelle de 300 000 tonnes à l’horizon 2028, illustre l’intérêt grandissant que suscite un marché porté par une demande en forte progression. Cet investissement, estimé à 100 millions de dollars, intervient dans un contexte où la production locale ne couvre qu’une partie des besoins nationaux. Jusqu’à présent, l’essentiel de l’offre est assuré par la SOSUCAM, principal producteur du pays, dont les capacités avoisinent 120 000 tonnes par an et devraient atteindre 130 000 tonnes d’ici 2027.

L’écart entre la production nationale et la consommation s’est progressivement creusé. En cinq ans, les importations de sucre ont été multipliées par trois, passant d’environ 97 000 tonnes en 2020 à près de 298 000 tonnes en 2024. Dans le même temps, la facture d’importation a quasiment quadruplé, atteignant 197 millions de dollars. Ces volumes sont essentiellement absorbés par le marché intérieur, les réexportations vers les pays voisins restant marginales. Les estimations situent ainsi la consommation nationale autour de 400 000 tonnes en 2024, confirmant l’existence d’un déficit structurel que les producteurs locaux ne parviennent pas encore à combler.

Au-delà de la simple substitution aux importations, le développement de nouvelles capacités de raffinage s’inscrit dans les objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Le gouvernement ambitionne d’atteindre une production annuelle de 500 000 tonnes afin d’assurer l’autosuffisance du pays tout en développant une véritable industrie exportatrice. Sur le plan économique, cette orientation pourrait contribuer à réduire les sorties de devises liées aux achats de sucre à l’étranger, renforcer la valeur ajoutée locale, créer des emplois industriels et stimuler les investissements dans la culture de la canne à sucre, la logistique et les services associés.

Les perspectives dépassent largement les frontières camerounaises. Les autres pays de la CEEAC ont importé près de 500 000 tonnes de sucre en 2024, représentant plus de 300 millions de dollars d’achats sur les marchés internationaux. Si les projets industriels annoncés se concrétisent et que la production agricole suit le rythme des capacités de transformation, le Cameroun pourrait progressivement se positionner comme un fournisseur régional de sucre. Une telle évolution renforcerait son rôle de plateforme agro-industrielle en Afrique centrale tout en améliorant sa balance commerciale grâce à des exportations à plus forte valeur ajoutée.

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