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5G en Afrique : 61 opérateurs passent à l’offensive, mais le marché reste encore embryonnaire

La technologie de cinquième génération gagne progressivement du terrain sur le continent. À fin mai 2026, 61 opérateurs proposaient des services 5G commerciaux dans 37 marchés africains. Mais avec une pénétration limitée à environ 5 % des connexions mobiles, la 5G reste concentrée dans les métropoles et les zones économiques à forte valeur ajoutée. Son essor dépendra autant des investissements dans les infrastructures que de la capacité des opérateurs à rendre les terminaux accessibles.

La 5G africaine change d’échelle. Après plusieurs années dominées par les expérimentations et les lancements ponctuels, la technologie commence désormais à s’inscrire dans les stratégies commerciales des opérateurs. Selon les données de GSMA Intelligence, 61 opérateurs avaient ainsi activé des services 5G commerciaux dans 37 marchés du continent à fin mai 2026. Cette progression ne doit toutefois pas être interprétée comme le signe d’une adoption massive. La 5G ne représente encore qu’environ 5 % des quelque 1,5 milliard de connexions mobiles recensées en Afrique. Le contraste avec le marché mondial est important, puisque la moyenne internationale avoisine 33 %.

Le mouvement devrait néanmoins s’accélérer. Le nombre de connexions 5G africaines pourrait approcher les 100 millions dès la fin de 2026, avant de dépasser 380 millions à l’horizon 2030. À cette échéance, la technologie pèserait environ 21 % des connexions mobiles du continent. Cette trajectoire traduit un changement de dimension, mais aussi le retard structurel de l’Afrique. Dans certaines économies plus matures, notamment en Chine, dans les pays du Golfe, aux États-Unis et sur plusieurs marchés développés d’Asie-Pacifique, la 5G devrait alors représenter plus de quatre connexions mobiles sur cinq.

Les métropoles et les entreprises avant le grand public

Le déploiement africain obéit à une logique différente. Les opérateurs ne cherchent pas, pour l’instant, à couvrir uniformément de vastes territoires. Ils concentrent leurs ressources dans les espaces où la demande solvable et les usages professionnels permettent d’espérer un retour sur investissement plus rapide. Les capitales économiques, les grandes agglomérations et certains pôles industriels constituent ainsi les principaux laboratoires de la 5G. Les secteurs minier, manufacturier et logistique apparaissent particulièrement prometteurs, notamment pour les applications nécessitant une connectivité rapide, fiable et capable de supporter un grand nombre d’équipements.

La 5G FWA, ou accès fixe sans fil, constitue également une piste de monétisation privilégiée. Elle permet aux opérateurs de proposer une connexion internet fixe sans déployer systématiquement de fibre jusqu’au domicile. Le modèle peut ainsi répondre aux besoins des ménages à revenus élevés, des PME et des entreprises implantées dans des zones où le raccordement filaire demeure coûteux. À l’échelle africaine, les connexions 5G FWA devraient passer d’environ 1 million en 2026 à 3,5 millions en 2030. Ce segment pourrait donc devenir l’un des premiers véritables moteurs économiques de la nouvelle technologie.

La 5G autonome encore loin du décollage

L’autre caractéristique du marché africain réside dans la nature des réseaux déployés. La plupart fonctionnent encore en mode non-Standalone, c’est-à-dire en s’appuyant sur une infrastructure cœur 4G existante. Cette architecture permet de limiter les investissements nécessaires pour lancer rapidement des services 5G. La 5G Standalone, qui repose sur un cœur de réseau entièrement conçu pour la cinquième génération, demeure beaucoup plus marginale. Moins de cinq opérateurs auraient, à fin mai, lancé ou annoncé des projets dans ce domaine.

Cette situation reflète les contraintes auxquelles sont confrontés les opérateurs africains. Le coût des équipements, l’insuffisance des réseaux de fibre optique nécessaires au raccordement des antennes, ainsi que les problématiques liées à l’attribution et au prix du spectre compliquent une migration rapide vers des architectures plus sophistiquées. Pour les cadres économiques du secteur, le véritable enjeu n’est donc plus seulement de savoir combien d’opérateurs peuvent lancer la 5G, mais combien peuvent la rentabiliser durablement.

Le prix du smartphone reste le principal verrou

L’expansion de la couverture ne suffira pas à provoquer une adoption de masse. Le coût des terminaux constitue l’un des principaux obstacles. Un smartphone 5G d’entrée de gamme coûte encore plus de 100 dollars en moyenne sur le marché africain. Dans plusieurs pays, cette somme dépasse le salaire minimum mensuel. Le problème est donc autant industriel que commercial : l’opérateur peut investir dans son réseau, mais une partie de sa clientèle n’a pas les moyens d’acquérir l’équipement permettant d’en profiter. La baisse des taxes sur les terminaux, les mécanismes de financement et l’arrivée progressive de modèles moins chers pourraient contribuer à élargir le marché. La migration technologique pourrait aussi être accélérée par certains consommateurs qui passeront directement de la 3G à la 5G, ou de la 3G à la 4G puis rapidement à la 5G, sans nécessairement renouveler plusieurs fois leur équipement.

Le partage d’infrastructures pour contenir les coûts

Dans les zones moins densément peuplées, l’équation économique sera cependant plus complexe. Déployer des antennes 5G partout nécessiterait des investissements considérables pour une base d’abonnés parfois trop faible pour assurer leur rentabilité.

Le partage d’infrastructures apparaît dès lors comme une solution structurante. Les opérateurs peuvent mutualiser les tours, la fibre ou certaines composantes actives des réseaux afin de réduire leurs dépenses d’investissement et d’exploitation. Le mouvement est déjà visible sur plusieurs marchés. Au Maroc, Maroc Telecom et Inwi ont notamment constitué en 2025 des structures communes portant sur les infrastructures de tours et de fibre, avec des programmes d’expansion importants à moyen et long terme. Cette logique pourrait prendre une importance croissante à mesure que la 5G s’étendra au-delà des quartiers les plus rentables.

Transformer la couverture en valeur économique

Pour les États africains, la réussite de la 5G ne se mesurera donc pas uniquement au nombre d’antennes installées. Elle dépendra de la capacité à créer un environnement permettant aux investissements privés de produire des usages économiques : industrie connectée, agriculture de précision, santé numérique, logistique intelligente, services publics digitalisés ou encore éducation à distance. Cela suppose de faciliter l’accès au spectre, d’améliorer les infrastructures de fibre et d’électricité, de développer les compétences numériques et de soutenir l’émergence de nouveaux services. Pour les opérateurs, le défi est tout aussi exigeant. Après avoir engagé des capitaux importants dans les réseaux, ils doivent désormais trouver des modèles capables de générer des revenus supplémentaires. La simple migration des abonnés vers une technologie plus rapide ne suffira probablement pas.

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