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Afrique : Les fonds à impact peinent encore à démontrer leurs retombées réelles

L’investissement d’impact progresse sur le continent, mais sa crédibilité se heurte à une faiblesse persistante : la capacité des fonds à mesurer de manière rigoureuse les effets économiques, sociaux et environnementaux de leurs opérations. Une étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI), portant sur 250 fonds actifs en Afrique, révèle des pratiques encore largement rudimentaires. À la clé, un enjeu majeur pour l’accès aux capitaux et la confiance des investisseurs.

L’essor de l’investissement d’impact en Afrique ne s’accompagne pas encore d’une maturité équivalente dans le suivi des résultats. C’est l’un des principaux enseignements du rapport publié le 3 septembre par la FERDI sur les pratiques d’évaluation des fonds opérant sur le continent. Sur une échelle allant de 0 à 100, le score moyen obtenu par les 250 structures étudiées atteint seulement 31 points. La situation est particulièrement contrastée : un fonds sur cinq obtient moins de 10 points, tandis que seulement 23 % dépassent la barre des 50 points. Cette faiblesse constitue davantage qu’un problème méthodologique. Elle touche directement la capacité du secteur à prouver sa valeur auprès des investisseurs. Dans un environnement où les capitaux dédiés aux projets à vocation sociale ou environnementale deviennent plus sélectifs, démontrer l’impact produit peut en effet devenir un avantage compétitif.

L’investissement d’impact repose précisément sur une double exigence : rechercher une performance financière tout en générant des effets positifs mesurables. L’intention, l’additionnalité et la démonstration des résultats constituent ainsi les trois fondations du modèle. Or, sans instruments permettant d’établir ces résultats, la frontière entre impact véritable et simple communication extra-financière devient difficile à établir.

L’emploi et le climat plus faciles à mesurer que les transformations produites

Les fonds privilégient aujourd’hui les indicateurs pour lesquels les données sont relativement accessibles. Le nombre d’emplois créés ou maintenus, les émissions de gaz à effet de serre évitées ou encore la proportion de femmes parmi les salariés et les bénéficiaires figurent ainsi parmi les données les plus fréquemment suivies. Mais cette approche présente une limite importante. Elle renseigne davantage sur les moyens engagés et les résultats immédiats que sur les transformations effectivement provoquées.

Autrement dit, compter les emplois créés ne permet pas nécessairement de déterminer dans quelle mesure un investissement donné est responsable de ces créations. De même, mesurer une baisse des émissions ne suffit pas à isoler la contribution réelle du fonds dans le résultat obtenu. Cette difficulté est renforcée par l’absence de définitions communes. Dans le cas de l’emploi, par exemple, les méthodes peuvent différer selon que sont comptabilisés uniquement les postes directs, les emplois indirects, les emplois formels ou encore certaines formes d’activité à temps partiel. Ces écarts réduisent fortement la comparabilité entre investissements.

La causalité reste le maillon faible

La principale faiblesse identifiée par l’étude concerne toutefois l’attribution des résultats. Sur les 250 fonds analysés, seuls 16 utilisent une méthode jugée crédible pour déterminer dans quelle mesure les impacts observés peuvent réellement être attribués à leur intervention. Le recours aux méthodes les plus robustes reste exceptionnel. Seulement trois fonds utilisent des approches quasi-expérimentales et un seul explique de manière suffisamment détaillée sa méthodologie. Cette situation constitue un véritable angle mort. Un investissement peut produire simultanément plusieurs effets, mais ceux-ci peuvent aussi résulter de facteurs extérieurs : évolution du marché, politiques publiques, conjoncture économique ou intervention d’autres financeurs. La mesure de l’impact ne consiste donc pas seulement à constater un changement après un investissement. Elle doit chercher à déterminer ce qui aurait pu se produire sans celui-ci. C’est précisément cette logique d’additionnalité qui permet de distinguer une contribution réellement transformationnelle d’une simple corrélation.

Les théories du changement restent encore trop générales

Autre faiblesse relevée : la formalisation du chemin qui relie le financement à l’impact final. Plus de la moitié des fonds présentent une « théorie du changement », censée expliquer comment leurs interventions doivent produire des résultats. Mais cette démarche reste souvent peu détaillée. Plus de 40 % des structures ne disposent même pas de cet outil. Pourtant, cette étape est déterminante. Elle permet de définir les objectifs, les indicateurs pertinents et les données nécessaires avant même le lancement d’une opération. Sans cette architecture, les fonds risquent de mesurer ce qui est facilement disponible plutôt que ce qui est réellement important. Le phénomène traduit aussi une tension propre au marché africain : les investisseurs veulent démontrer rapidement leurs résultats, alors que les impacts économiques, sociaux ou environnementaux les plus significatifs nécessitent souvent plusieurs années d’observation.

La transparence doit désormais franchir un nouveau cap

Le déficit de transparence constitue enfin un autre frein à la consolidation du secteur. Près de six fonds sur dix partagent certains enseignements avec leur écosystème. Mais cette ouverture diminue dès lors qu’il s’agit de sujets plus sensibles, notamment les limites des méthodes utilisées. À peine huit fonds, soit 3,2 % de l’échantillon, documentent leurs propres limites méthodologiques. Cette situation peut alimenter la défiance des apporteurs de capitaux, notamment les institutions publiques, fondations et family offices, qui acceptent parfois une rentabilité financière plus faible en contrepartie d’une contribution démontrée à des objectifs sociaux ou environnementaux.

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