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EUDR : Le lobbying de Mondelez ravive la bataille autour du cacao « zéro déforestation »

À l’approche de l’entrée en application du règlement européen sur les produits sans déforestation, les tensions montent entre industriels du chocolat et défenseurs de l’environnement. Une enquête de Global Witness accuse Mondelez, poids lourd mondial du cacao, d’avoir multiplié les démarches auprès des décideurs européens et américains pour obtenir un assouplissement du dispositif. Derrière cette controverse se joue une question plus large : comment rendre les chaînes d’approvisionnement du cacao traçables sans fragiliser les producteurs africains ?

Adopté en 2023 par l’Union européenne, le règlement sur les produits sans déforestation, connu sous l’acronyme EUDR, entend transformer les conditions d’accès au marché européen pour plusieurs matières premières agricoles. Cacao, café, soja, huile de palme, caoutchouc, bois et produits issus de l’élevage sont notamment concernés.

Le principe est simple, mais ses implications économiques sont considérables : les opérateurs devront pouvoir démontrer que leurs marchandises ne proviennent pas de terres ayant fait l’objet d’une déforestation après le 31 décembre 2020. Pour la filière cacao, cette exigence implique notamment la géolocalisation des plantations, une traçabilité plus fine et la mise en place de procédures de diligence raisonnable. Pour les producteurs africains, et particulièrement ceux opérant dans des systèmes dominés par de petites exploitations, le défi dépasse donc la seule question environnementale. Il touche directement aux coûts de production, à la formalisation des exploitations et à la capacité des coopératives et exportateurs à fournir des données fiables aux acheteurs européens.

Mondelez sous la pression de Global Witness

C’est dans ce contexte que Global Witness a publié, le 8 septembre 2026, une enquête mettant en cause la stratégie de lobbying de Mondelez. Selon l’organisation britannique, le groupe aurait renforcé ses démarches auprès des institutions européennes afin de modifier ou de repousser certaines exigences du règlement. L’ONG estime notamment que Mondelez aurait consacré entre 1,2 et 1,5 million d’euros à ses activités de lobbying auprès des institutions européennes depuis l’adoption de l’EUDR. Elle évoque également des contacts avec plusieurs responsables politiques européens, dont des parlementaires issus du Parti populaire européen, autour des propositions visant à simplifier ou à différer l’application de certaines dispositions.

Global Witness affirme par ailleurs que le groupe a également engagé des démarches aux États-Unis. L’organisation cite notamment une rencontre, fin juin 2026, entre Dick Van de Put, directeur général de Mondelez, et Andrew Puzder, ambassadeur américain auprès de l’Union européenne. Selon l’ONG, cette séquence aurait précédé de peu une prise de position publique de ce dernier en faveur de nouvelles mesures de simplification du règlement. Ces accusations n’ont, à ce stade, pas fait l’objet d’une réponse de Mondelez dans le texte considéré. Elles interviennent néanmoins alors que le groupe revendique depuis plusieurs années une politique de durabilité dans sa chaîne cacao.

Cocoa Life, l’autre visage de la stratégie du groupe

Mondelez rappelle notamment son implication dans la Cocoa & Forests Initiative et son programme Cocoa Life, lancé en 2012. L’entreprise indique avoir engagé 1 milliard de dollars sur la période 2012-2030 pour accompagner les producteurs et améliorer la durabilité de ses approvisionnements. Le programme est déployé dans huit pays producteurs, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. Il combine accompagnement agricole, soutien aux communautés rurales et amélioration de la traçabilité.

Selon les données communiquées par le groupe dans son rapport « Snacking Made Right », Cocoa Life couvrait en 2025 près de 100 % des volumes de cacao utilisés dans ses activités chocolatées, avec plus de 257 000 producteurs enregistrés. Cette apparente contradiction entre engagement environnemental et lobbying réglementaire mérite toutefois d’être nuancée. Soutenir la lutte contre la déforestation ne signifie pas nécessairement accepter sans réserve le calendrier, les modalités ou le coût de la réglementation européenne.

Le coût de la conformité, véritable nœud du débat

L’enjeu économique de l’EUDR réside précisément dans cet arbitrage. Une réglementation trop souple risque de réduire l’efficacité de la lutte contre la déforestation. Mais une réglementation trop coûteuse ou techniquement difficile à appliquer pourrait écarter du marché européen les producteurs les moins structurés. Dans les bassins cacaoyers africains, la difficulté tient notamment à la dispersion des exploitations et à l’insuffisance des systèmes de données foncières et géographiques. Pour les petits planteurs, la géolocalisation des parcelles et la constitution de dossiers de traçabilité peuvent représenter une charge disproportionnée lorsqu’elles ne sont pas prises en charge par les coopératives, les négociants ou les programmes publics et privés. Le risque est donc celui d’une sélection économique par la conformité : les acteurs disposant de moyens financiers et de systèmes numériques performants pourraient consolider leur position, tandis que les petits producteurs insuffisamment accompagnés pourraient perdre l’accès à un débouché européen majeur.

Pour l’Afrique, un défi de compétitivité autant qu’environnemental

La controverse Mondelez dépasse ainsi le cas d’une multinationale. Elle met en lumière la transformation progressive des normes environnementales européennes en instruments influençant directement la compétitivité des filières agricoles africaines.

L’enjeu consiste désormais à transformer la contrainte réglementaire en avantage commercial. Cela suppose d’investir dans la cartographie des plantations, les systèmes de traçabilité, l’organisation des coopératives et la certification des chaînes d’approvisionnement. À terme, le véritable test de l’EUDR ne sera donc pas seulement sa capacité à réduire la déforestation. Il portera aussi sur sa faculté à maintenir les petits producteurs africains dans les chaînes de valeur européennes. Car si la transition écologique devient une barrière à l’entrée plutôt qu’un outil de transformation des filières, elle risque de déplacer le problème sans traiter ses racines économiques.

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