A la UneConjoncture

Rentrée économique du GECAM : Le patronat camerounais craint le court-circuit économique

300 milliards de FCFA injectés par l'État entre 2012 et 2023 pour stabiliser le marché de l’électricité ; 78 milliards de FCFA pour 95% des actions (reprise de contrôle par l'État en novembre 2025) ; plusieurs milliers de milliards de FCFA pour la construction des barrages. Derrière le décor des chiffres, la lumière vient à manquer. Depuis Douala, la rentrée économique du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé le 10 septembre 2026, un tableau préoccupant de la conjoncture économique du pays.

Célestin Tawamba, le président du patronat camerounais a tiré la sonnette d’alarme face aux coupures d’électricité récurrentes et au déficit énergétique chronique qui paralysent l’économie du Cameroun. Lors d’un bilan dressé par le patronat, il a qualifié la situation de préoccupante, soulignant l’impact direct de la crise énergétique sur la fermeture d’usines et le ralentissement global de la croissance industrielle.

Difficultés d’approvisionnement avec en filigrane un réseau de transport et de distribution vétuste. Au Cameroun, les industriels passent à la dépense supérieure. Alors que les 420 MW du barrage de Nachtigal sont vantés par le gouvernement, au Gecam, l’impact semble ne pas se ressentir. Citant les enquêtes Enterprise de la Banque Mondiale, Célestin Tawamba assure que 65% des entreprises camerounaises doivent recourir au groupe électrogène pour maintenir leurs activités.

Cimencam et Prometal, des exemples qui parlent

Faute d’alimentation électrique, l’entreprise avait momentanément arrêté ses activités à Figuil, ce un an après l’inauguration de son usine. Dans une correspondance datée du 2 juin 2026, l’usine Cimencam Figuil (Cimfig), filiale du groupe LafargeHolcim-Maroc Afrique (LHMA) indiquait avoir été informée par Socadel d’une « crise énergétique majeure » dans la région du Nord. Un état de choses qui avait conduit, selon l’entreprise, à des mesures d’« effacement temporaire » de son site de production du Réseau interconnecté Nord.

Dans un contexte où le Cameroun projette la souveraineté énergétique d’ici 2030, sur le terrain une toute autre réalité se vit. La demande grimpe de 6 % par an tandis que le réseau électrique accuse un déficit récurrent de 300 à 400 MW aux heures de pointe.

Dernier épisode en date, l’affaire Prometal-Socadel-EDC, illustration parfaite de la bataille stratégique qui secoue le secteur électrique camerounais. En effet, le projet gouvernemental autorisant le sidérurgiste Prometal à acheter l’énergie directement chez Electricity Development Corporation (EDC) ne ravive pas que les inquiétudes. Loin des milliards de FCFA en recettes, le conflit qui oppose les parties témoigne d’un besoin qui grandit incessamment.

La route du développement en panne

Le Président du Gecam juge « inconcevable que les deux plus grandes villes, Douala et Yaoundé, soient reliées par seulement 60 km d’autoroutes, alors que le reste du réseau routier est dans un état déplorable ». D’ailleurs, une étude du cabinet d’expertise SECUROUTE confirme que la mauvaise qualité des chaussées génère des pertes colossales pour les entreprises (hausses des coûts de transport, pannes de véhicules et retards de livraison). Ce calvaire routier est lourdement aggravé par un excès de contrôles administratifs et de barrages routiers. Ces arrêts intempestifs ralentissent les flux logistiques et plombent la compétitivité. Les axes majeurs (notamment les Nationales 3 et 5) figurent parmi les plus meurtriers d’Afrique, enregistrant environ 2 000 décès par an, ce qui pose un problème de sécurité publique évident pour les employés et les marchandises.

Des investissements publics qui s’effondrent

L’inquiétude du Gecam s’est accentuée face aux derniers arbitrages budgétaires. Le patronat dénonce un véritable effondrement de l’investissement public, marqué par une chute de 74,4 % des dépenses d’investissement au premier trimestre 2026 (tombées à 45 milliards FCFA contre 175,5 milliards un an plus tôt). Aujourd’hui, le budget de l’État camerounais est absorbé à 79,2 % par les dépenses de fonctionnement, ne laissant que 20,8 % pour les investissements (contre 34,9 % il y a dix ans). Face à ce modèle jugé « à bout de souffle », le patronat exige une réorientation stricte dans la loi de finances pour réhabiliter d’urgence les axes vitaux du pays.

Une croissance au ralenti

La croissance du pays est tombée à 3,1 %, loin des prévisions initiales de la Loi de Finances (4,3 %) et des projections du FMI (3,3 %). Un rythme jugé incompatible avec les ambitions d’émergence du pays. Bien que producteur de brut, le Cameroun subit de plein fouet les coûts de l’importation de carburants raffinés. Les recettes pétrolières ont ainsi chuté de 35 % au premier trimestre 2026.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

6 - 1 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page