Zone industrialo-portuaire de Kribi : La nouvelle porte d’entrée pétrolière de l’Afrique centrale
Après plusieurs années de préparation, le projet de Terminal à hydrocarbures de Kribi entre dans une phase décisive avec l’aval présidentiel pour son financement. Portée par la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), le Port autonome de Kribi (PAK) avec le consortium Negri-Parlym, cette infrastructure stratégique ambitionne non seulement de réduire les coûts d’approvisionnement du Cameroun en produits pétroliers, mais également de repositionner le pays comme un centre logistique énergétique majeur pour l’ensemble de la sous-région Afrique centrale.

Longtemps resté au stade des études et des projections, le Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK) s’apprête désormais à franchir le cap de la réalisation. L’accord donné par les autorités camerounaises pour la mobilisation des financements constitue une avancée majeure pour ce projet considéré comme l’un des plus importants investissements logistiques du secteur énergétique national.
Prévu dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, le terminal disposera dans sa première phase d’une capacité de stockage de 140 000 mètres cubes de produits pétroliers ainsi que de 12 000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Les concepteurs envisagent déjà une extension future qui pourrait porter ces capacités à près du double, afin d’accompagner la croissance de la demande nationale et régionale. Cette infrastructure s’inscrit dans la dynamique de développement du complexe portuaire de Kribi, devenu au fil des années l’un des principaux leviers de la stratégie d’industrialisation du Cameroun.
Réduire la facture logistique du pays
Au-delà de son importance industrielle, le terminal répond à une logique économique particulièrement forte. Aujourd’hui, une grande partie des importations de carburants du Cameroun continue de transiter par le port de Douala, dont les limitations techniques réduisent l’accès aux navires de grande capacité. Grâce à son tirant d’eau plus important, le port de Kribi pourra accueillir des tankers transportant des volumes beaucoup plus élevés. Cette évolution devrait générer des économies substantielles sur les coûts de transport maritime, de manutention et de stockage.
D’un point de vue macroéconomique, la baisse des coûts logistiques pourrait contribuer à réduire la pression exercée sur les finances publiques, notamment à travers la diminution des surcoûts liés aux opérations portuaires et aux délais d’attente des navires. Dans un contexte où les dépenses énergétiques représentent une composante importante des équilibres budgétaires, chaque gain de compétitivité logistique devient un enjeu stratégique.
La bataille des hubs énergétiques en Afrique centrale
Le projet de Kribi s’inscrit également dans une compétition régionale de plus en plus marquée autour des infrastructures de stockage et de redistribution des hydrocarbures. Depuis plusieurs années, certains ports d’Afrique de l’Ouest servent de plateformes de redistribution vers les pays de l’hinterland africain. L’ambition camerounaise consiste désormais à capter une partie de ces flux destinés à l’Afrique centrale.
Avec sa position géographique favorable, ses infrastructures portuaires modernes et sa connexion aux corridors routiers et ferroviaires régionaux, Kribi pourrait progressivement devenir un point d’approvisionnement privilégié pour les pays enclavés de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), notamment le Tchad et la République centrafricaine. Cette perspective renforcerait le rôle du Cameroun comme puissance logistique régionale et contribuerait à accroître les recettes liées aux activités portuaires, au transit et aux services associés.
Un outil au service de la sécurité énergétique
L’autre enjeu majeur du projet concerne la sécurisation des approvisionnements énergétiques. Les capacités de stockage actuellement disponibles au Cameroun restent limitées face à l’évolution de la consommation nationale. En augmentant les volumes de réserves stratégiques, le futur terminal permettra de mieux absorber les perturbations éventuelles des marchés internationaux ou des chaînes d’approvisionnement. Cette résilience devient particulièrement importante dans un environnement mondial marqué par les tensions géopolitiques, les fluctuations des prix du pétrole et les risques de rupture logistique.
Pour le marché du GPL, utilisé par un nombre croissant de ménages camerounais, l’augmentation des capacités de stockage pourrait également contribuer à stabiliser l’approvisionnement et à limiter les pénuries périodiques observées dans certaines régions.
Un effet d’entraînement sur l’économie locale
Au-delà du secteur énergétique, le projet devrait produire des retombées économiques significatives pour la région de Kribi. La phase de construction, estimée à environ trente mois, générera des emplois directs et indirects dans les domaines du génie civil, de la logistique, de la maintenance industrielle et des services. À plus long terme, la disponibilité d’infrastructures énergétiques performantes constitue un facteur d’attractivité supplémentaire pour les investisseurs industriels. Les industries fortement consommatrices d’énergie ou dépendantes des produits pétroliers pourraient trouver dans la plateforme industrialo-portuaire de Kribi un environnement plus compétitif pour leurs activités.
Le Terminal à hydrocarbures apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple dépôt de stockage. Il représente un maillon essentiel de la stratégie visant à faire de Kribi un pôle industriel intégré, capable de soutenir la transformation économique du Cameroun tout en renforçant son influence au sein de l’espace Cemac. Sa réussite pourrait marquer une étape importante dans la redéfinition de la géographie énergétique et logistique de l’Afrique centrale.



