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Financement privé : Ninety One mobilise 404 millions de dollars pour financer l’économie africaine

La société de gestion d’actifs Ninety One vient de boucler son troisième véhicule consacré au crédit privé en Afrique. Avec 404 millions de dollars d’engagements, effet de levier compris, l’opération illustre l’appétit persistant des investisseurs pour les entreprises et les infrastructures africaines, malgré un environnement international marqué par les tensions commerciales et les incertitudes économiques.

Le financement des entreprises africaines prend progressivement une nouvelle dimension. Alors que les banques ne disposent pas toujours des marges nécessaires pour accompagner les besoins de capitaux à long terme, les fonds de dette privée occupent une place croissante dans l’écosystème financier du continent. C’est dans ce contexte que Ninety One a annoncé, le 18 août, la clôture de son troisième fonds Africa Credit Opportunities. Baptisé ACO3, le véhicule totalise 404 millions de dollars d’engagements, levier inclus. Il réunit notamment des investisseurs institutionnels, des fonds de pension, des institutions de financement du développement et des family offices provenant de plusieurs régions du monde.

Un marché où le déficit de financement reste important

Le nouveau fonds entend cibler des entreprises disposant d’une position solide dans leurs secteurs ainsi que des infrastructures considérées comme essentielles au développement économique. Son champ d’intervention couvre l’Afrique, mais également d’autres marchés émergents. Pour les analystes, cette stratégie répond à un problème structurel : le manque de capitaux disponibles pour financer les entreprises africaines en phase d’expansion et les grands projets nécessitant des ressources sur plusieurs années. « Le déficit de financement » demeure particulièrement marqué dans les infrastructures, relève Nathaniel Micklem, co-responsable de l’activité Emerging Market Alternative Credit de Ninety One. Selon cette lecture, la faiblesse de l’offre de crédit constitue aussi une opportunité pour les gestionnaires capables d’identifier localement les projets présentant les meilleurs fondamentaux.

Un portefeuille déjà largement diversifié

ACO3 n’est pas un véhicule lancé à partir d’une feuille blanche. Sa première levée, réalisée en novembre 2024, avait permis de réunir 260 millions de dollars. Le portefeuille compte désormais plus de 30 opérations réparties entre plusieurs régions émergentes. Les investissements concernent des secteurs aussi variés que les télécommunications, les services financiers, la santé, la consommation, l’industrie ou encore les matériaux. Cette diversification permet de réduire l’exposition à un seul marché ou à une seule activité, tout en recherchant des rendements ajustés au risque.

Les précédents fonds africains de Ninety One donnent un aperçu de cette approche. Des financements ont notamment accompagné le Ghana Cocoa Board dans des initiatives destinées à améliorer les conditions de production et les revenus de centaines de milliers de familles agricoles. Le groupe Paratus, actif dans les infrastructures numériques, a également bénéficié d’un financement pour développer ses réseaux de connectivité en Afrique australe, notamment en Angola, en Namibie et en Afrique du Sud.

Le crédit privé appelé à prendre davantage de place

Pour les économistes, l’opération intervient à un moment où les besoins d’investissement du continent progressent plus rapidement que les capacités traditionnelles de financement. Infrastructures numériques, énergie, santé, industrie et transformation agricole nécessitent des capitaux importants, alors que les contraintes budgétaires des États limitent leur capacité à porter seuls ces investissements. Le crédit privé peut ainsi jouer un rôle complémentaire à celui des banques commerciales et des institutions multilatérales. Sa force réside notamment dans la possibilité de proposer des financements adaptés à des entreprises ou projets qui ne correspondent pas toujours aux critères classiques du crédit bancaire.

Mais cette dynamique comporte aussi des risques. Les investisseurs restent exposés aux fluctuations des devises, à la qualité du cadre réglementaire, au risque politique et aux capacités de remboursement des emprunteurs. La hausse du coût du capital à l’échelle mondiale peut également peser sur la rentabilité des opérations. La clôture d’ACO3 montre néanmoins que, malgré ces contraintes, les investisseurs internationaux continuent de considérer l’Afrique comme un marché offrant des opportunités de rendement et de diversification. L’enjeu sera désormais de transformer ces capitaux privés en investissements productifs capables de renforcer durablement les capacités économiques du continent.

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