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Ciment et clinker : Le Cameroun apparaît sur la nouvelle carte des exportations chinoises

Face au ralentissement marqué de son marché intérieur, la Chine accélère ses débouchés extérieurs dans le ciment et surtout le clinker. Le Cameroun figure parmi les pays cités dans les statistiques chinoises du premier semestre 2026. Si cette présence confirme l’existence d’un courant d’approvisionnement, elle ne permet pas encore d’en mesurer l’ampleur ni l’impact sur le marché camerounais.

Le marché chinois du ciment traverse une période particulièrement difficile. Sur les six premiers mois de 2026, la production nationale s’est établie à 735,85 millions de tonnes, soit 8% de moins qu’à la même période de 2025. China Shanshui Cement Group décrit un secteur marqué par une demande en recul, une offre excédentaire et des prix comprimés. Dans ce contexte, les producteurs chinois renforcent leur présence à l’international. Les exportations nationales de ciment et de clinker ont atteint environ 13,5 millions de tonnes au premier semestre. Le clinker concentre l’essentiel de cette progression, avec 9,399 millions de tonnes expédiées, plus de six fois le niveau enregistré un an plus tôt. Les exportations de ciment ont, elles, augmenté de 53,7%, à environ 4,1 millions de tonnes. Le Cameroun est cité aux côtés du Bangladesh, du Ghana, du Myanmar, des Philippines, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Togo et du Guatemala parmi les marchés destinataires.

Une présence chinoise encore impossible à quantifier

Cette mention doit cependant être interprétée avec prudence. Les statistiques reprises par Shanshui concernent l’ensemble de l’industrie chinoise et non les seules expéditions du groupe. Aucun chiffre n’est communiqué pour le Cameroun. Il est donc impossible, à ce stade, de déterminer la quantité de clinker ou de ciment chinois effectivement entrée sur le territoire camerounais, encore moins sa valeur ou sa part dans les importations nationales. Pour les économistes, cette distinction est déterminante. « La présence du Cameroun dans la liste des destinations ne signifie pas que la Chine est devenue un fournisseur majeur du marché », analyse un spécialiste du commerce extérieur. Pour établir une évolution structurelle, il faudrait comparer les importations camerounaises par pays d’origine, produit, volume et valeur.

Près de 100 milliards FCFA consacrés au clinker

L’enjeu est loin d’être anodin pour le Cameroun. Les données provisoires de l’Institut national de la statistique montrent que le pays a acheté 3,1 millions de tonnes de clinker à l’étranger en 2025, pour 97,3 milliards de FCFA. Les volumes importés ont progressé de 20,5% en un an, tandis que la facture augmentait de 14,7%. Le clinker a ainsi représenté 1,9% de l’ensemble des dépenses d’importation du pays.

Cette dynamique traduit le poids des approvisionnements extérieurs dans l’industrie cimentière camerounaise. Le clinker constitue en effet la matière intermédiaire indispensable aux unités de broyage qui assurent localement la fabrication du ciment. La valeur douanière moyenne calculée à partir des données disponibles s’est située autour de 31 324 FCFA la tonne en 2025, contre 32 929 FCFA un an auparavant. Cette évolution ne permet toutefois pas d’identifier l’origine de la baisse ni d’en déduire un éventuel effet chinois.

Dangote maintient aussi la pression sur le marché

La Chine n’est d’ailleurs pas le seul fournisseur susceptible de renforcer ses positions. Le Nigeria dispose déjà d’un corridor commercial bien établi avec le Cameroun. Dans ses résultats semestriels, Dangote Cement indique avoir expédié 754 000 tonnes de clinker vers le Cameroun et le Ghana, en hausse de 56,7% sur un an. Le groupe ne précise toutefois pas la répartition entre les deux pays. Parallèlement, les ventes de Dangote Cement Cameroon ont diminué de 13,1%, à 596 800 tonnes. Cette évolution concerne la filiale du groupe et ne saurait être extrapolée à l’ensemble du marché camerounais.

Une possible nouvelle donne pour les cimentiers

Pour les analystes, l’arrivée potentielle de volumes chinois supplémentaires pourrait élargir l’éventail des fournisseurs disponibles pour les cimentiers et les broyeurs camerounais. Elle pourrait aussi accroître la pression concurrentielle sur les prix du clinker. Mais un éventuel bénéfice pour les coûts de production et, in fine, pour le prix du ciment ne peut encore être établi. Tout dépendra des volumes réellement débarqués, des prix rendus au Cameroun, des coûts logistiques et de la place occupée par la Chine dans les importations. L’enjeu dépasse donc la simple origine des cargaisons. Dans un pays où la demande en matériaux de construction reste soutenue par les infrastructures et l’urbanisation, la multiplication des sources d’approvisionnement pourrait devenir un facteur important de compétitivité industrielle.

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