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Industrie extractive : AFG Bank gèle les nouveaux financements et Canyon Resources renonce à dater les premières exportations

Le développement du gisement de bauxite de Minim-Martap, présenté depuis plusieurs années comme l’un des futurs grands projets miniers du Cameroun, connaît un nouveau coup de frein. AFG Bank Cameroun a suspendu les décaissements supplémentaires liés au crédit syndiqué de 82 milliards de FCFA, contraignant Canyon Resources à revoir son programme d’investissement et à retirer son objectif d’une première expédition de minerai avant la fin de 2026. Derrière ce revirement se dessine une équation devenue plus complexe, entre besoins de financement, coûts logistiques, incertitudes sur les prix de la bauxite et difficultés à finaliser la chaîne d’exportation.

Le projet de Minim-Martap perd ainsi l’un de ses principaux repères. Alors que Canyon Resources envisageait encore récemment une première expédition de bauxite au quatrième trimestre 2026, la société australienne ne fournit désormais plus de date pour le démarrage des exportations. Cette révision intervient après une décision d’AFG Bank Cameroun de suspendre tout nouveau tirage sur la facilité de financement syndiquée de 82 milliards de FCFA. La banque demande à Camalco, la filiale camerounaise de Canyon, de présenter une actualisation complète du calendrier de développement, du modèle financier et des paramètres économiques du projet. Une inspection du site par les prêteurs est également prévue.

La suspension ne signifie pas, à ce stade, que le crédit est annulé. Camalco dispose de quinze jours pour fournir les éléments financiers demandés et d’un délai de trente jours pour permettre la réalisation de la visite du site. Mais, sur le plan opérationnel, la conséquence est immédiate : Canyon reconnaît ne plus disposer de la capacité financière nécessaire pour poursuivre la première phase selon le schéma initial. Cette situation transforme donc la question du démarrage de Minim-Martap. Le sujet n’est plus seulement celui de l’avancement des infrastructures, mais celui de la capacité du projet à démontrer sa viabilité économique dans les conditions actuelles.

Le financement qui devait sécuriser le lancement sous pression

Le contraste avec les annonces précédentes est particulièrement marqué. En mai 2025, Canyon présentait le prêt syndiqué comme un financement suffisant pour mener à bien la première phase du projet. Cette enveloppe était complétée par des ressources attendues d’opérations sur le capital de l’entreprise. Depuis, l’équation financière s’est progressivement dégradée. Au 31 juillet 2026, Canyon indique avoir déjà utilisé environ 75 millions de dollars américains sur la facilité bancaire. En parallèle, sa trésorerie s’établissait à environ 31 millions de dollars australiens.

La société annonce désormais un programme de réduction des dépenses non indispensables afin de conserver ses liquidités. Cette mesure traduit une logique classique de gestion de crise : préserver la trésorerie disponible en attendant de sécuriser une nouvelle source de financement ou de convaincre les prêteurs de rétablir les décaissements. Pour les analystes économiques, le signal envoyé par la banque est néanmoins important. Une revue du modèle financier par le principal bailleur signifie que les hypothèses initiales du projet doivent être réexaminées à la lumière de l’évolution des coûts, des revenus attendus et du calendrier de mise en production.

Les coûts logistiques compliquent davantage l’équation

Minim-Martap ne souffre pas uniquement d’un problème de financement. Le projet doit également résoudre une équation logistique particulièrement exigeante. Les sept locomotives destinées à l’exploitation sont déjà arrivées au Cameroun. En revanche, la livraison des 60 premiers wagons, sur une commande initiale de 160, a encore été repoussée. Les essais de la flotte ferroviaire sont désormais programmés au quatrième trimestre.

Cette première configuration doit permettre d’acheminer environ 35 000 tonnes de bauxite par mois, soit une capacité annuelle de 420 000 tonnes. Le volume est relativement modeste au regard de l’ambition de production de deux millions de tonnes par an envisagée dans la deuxième phase. L’écart entre ces deux niveaux illustre l’une des fragilités économiques du projet. Une infrastructure lourde doit être financée alors que les premiers volumes commercialisables restent limités. Plus les capacités de transport et de traitement sont importantes par rapport aux tonnages effectivement exportés, plus les coûts fixes pèsent sur le prix de revient de chaque tonne.

À cette contrainte ferroviaire s’ajoute le maillon maritime. Canyon n’a toujours pas arrêté définitivement son dispositif de dragage et de transbordement au port de Douala. Les volumes de départ étant inférieurs aux ambitions de long terme, l’entreprise cherche une solution suffisamment souple et rentable pour transférer la bauxite vers les navires de haute mer. Cette question est loin d’être secondaire. Dans un projet minier enclavé, la compétitivité dépend autant de la mine que de la capacité à acheminer le minerai vers le marché international à un coût maîtrisé.

Une première phase très éloignée de l’ambition industrielle

Le dimensionnement actuel de Minim-Martap donne également une idée du chemin restant à parcourir. Avec une capacité initiale de 420 000 tonnes par an, le projet ne fonctionnerait qu’à environ 21 % de l’objectif de deux millions de tonnes annuelles associé à la deuxième phase. Pour atteindre cette dernière, Canyon estime nécessaire l’acquisition de 15 locomotives et de 400 wagons supplémentaires, ainsi que des travaux additionnels sur le réseau ferroviaire.

L’investissement correspondant est évalué à environ 160 millions de dollars, soit près de 90 milliards de FCFA. Ce montant concerne toutefois l’augmentation de la capacité et non le financement indispensable à la première exportation. Il faut donc distinguer deux problèmes : parvenir à lancer effectivement l’exploitation commerciale, puis disposer des capitaux nécessaires pour passer à une production industrielle beaucoup plus importante. Cette distinction est essentielle pour comprendre la situation actuelle. Le projet peut théoriquement disposer d’un important potentiel géologique tout en rencontrant des difficultés à financer et à rentabiliser sa montée en puissance.

L’OPA d’A2MP ajoute une dimension financière et stratégique

La situation est encore compliquée par l’offre publique d’achat lancée par A2MP Investments, actionnaire majoritaire de Canyon. A2MP considère que l’évolution des coûts de fret et de la logistique, ainsi que la perspective d’une diminution de la prime de prix associée à la bauxite de Minim-Martap, ont fragilisé les hypothèses économiques retenues dans l’étude de faisabilité. L’actionnaire majoritaire va jusqu’à estimer que le projet pourrait ne plus être viable dans sa configuration actuelle et avec les financements disponibles.

Canyon rejette cette interprétation. La société s’appuie notamment sur une étude récente de CM Group, qui maintient une estimation du prix de long terme de la bauxite comprise entre 78 et 86 dollars par tonne sèche pour un minerai présentant certaines caractéristiques de qualité. Le débat dépasse donc la seule gouvernance de Canyon. Il porte sur la valeur économique future du minerai et sur la capacité du projet à absorber les coûts de transport, de financement et d’infrastructures. Dans le secteur minier, cette différence d’appréciation est déterminante. Une variation du prix de vente de quelques dizaines de dollars par tonne peut modifier fortement la rentabilité d’un projet lorsque celui-ci supporte simultanément des investissements ferroviaires, portuaires et miniers élevés.

Canyon cherche une nouvelle bouffée de financement

Face au blocage actuel, Canyon tente de diversifier ses options. La société a mandaté Jefferies afin d’étudier plusieurs mécanismes : financement garanti par des contrats d’enlèvement, prépaiements de clients, partenariats industriels et nouvelles opérations en fonds propres. Cette recherche montre que le modèle financier du projet pourrait évoluer. Le financement bancaire classique pourrait être complété par des mécanismes directement adossés aux futures ventes de bauxite. L’intérêt de ces solutions est de rapprocher le financement du projet de ses futures recettes commerciales. Mais leur mise en place dépendra de la confiance des acheteurs, des prêteurs et des investisseurs dans la capacité de Minim-Martap à produire et à exporter dans des délais raisonnables.

Un enjeu qui dépasse Canyon Resources

Pour le Cameroun, les difficultés actuelles du projet ont une portée qui dépasse le bilan de Canyon Resources. Minim-Martap constitue l’un des projets appelés à renforcer la place du pays dans l’industrie minière et à diversifier une économie encore largement dépendante des matières premières traditionnelles.

Le lancement de la production devait notamment créer une nouvelle chaîne de valeur autour de l’extraction, du transport ferroviaire et de la logistique portuaire. Il devait également générer des recettes pour l’État, des emplois et une activité accrue sur plusieurs segments de l’économie. Tout retard prolonge donc la période pendant laquelle ces retombées restent potentielles. Pour l’économie camerounaise, l’enjeu est aussi de démontrer qu’un projet minier de grande ampleur peut franchir simultanément trois obstacles : mobiliser des capitaux de long terme, maîtriser ses coûts logistiques et garantir des débouchés suffisamment rémunérateurs.

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