Assurance : L’Afrique du Sud et la Namibie dominent le marché africain, le Cameroun plafonne à 0,88 %
Portés par la maturité de leurs marchés financiers et le développement de l’épargne-retraite, les deux pays d’Afrique australe affichent les taux de pénétration de l’assurance les plus élevés du continent. Le Maroc arrive en troisième position, tandis que le Cameroun figure au dixième rang, dans un environnement marqué par la faiblesse des revenus et le poids de l’informel.
L’Afrique du Sud et la Namibie confirment leur avance sur le marché africain de l’assurance. Selon le rapport annuel 2026 de l’Organisation des assurances africaines (OAA), publié le 13 octobre, ces deux économies sont les seules du continent à afficher un taux de pénétration de l’assurance supérieur à la moyenne mondiale, avec respectivement 11,5 % et 7,4 %.
Cet indicateur, qui rapporte le montant des primes d’assurance brutes au produit intérieur brut (PIB), permet de mesurer le poids du secteur dans l’économie. Les performances de ces deux pays d’Afrique australe reposent notamment sur la maturité de l’assurance-vie, la place des régimes de retraite par capitalisation et la sophistication des marchés financiers. Leur proximité économique et leurs liens historiques contribuent également à expliquer cette avance.
À l’opposé, la pénétration de l’assurance reste limitée dans la majeure partie du continent. Le poids de l’économie informelle, le niveau relativement faible des revenus et les réticences culturelles continuent de restreindre l’accès des populations aux produits d’assurance.
Le Maroc en troisième position, le Cameroun dans le top 10
Derrière les deux leaders d’Afrique australe, le Maroc occupe la troisième place avec un taux de pénétration de 3,9 %. Le pays devance le Kenya, dont le ratio s’établit à 2,4 %, et la Tunisie, à 2,34 %. Suivent le Sénégal (1,51 %), le Mozambique (1,27 %), la Côte d’Ivoire (1,17 %) et le Burkina Faso (1,16 %). Le Cameroun ferme ce top 10 africain avec un taux de 0,88 %. Ce niveau traduit le poids encore limité de l’assurance dans l’économie nationale, malgré les besoins de couverture des ménages et des entreprises face aux risques liés à la santé, aux accidents, aux biens et à l’activité professionnelle. L’écart avec les marchés les plus développés du continent souligne l’ampleur du potentiel de croissance du secteur. Toutefois, la progression de la pénétration dépendra notamment de la capacité des assureurs à proposer des produits accessibles, adaptés aux revenus des populations et aux réalités du secteur informel.
L’assurance-vie reste concentrée en Afrique du Sud
La domination sud-africaine est encore plus marquée dans l’assurance-vie. Le pays a enregistré 43,78 milliards de dollars de primes dans cette branche, soit plus de 75 % du total continental. Le Maroc arrive loin derrière, avec 3,14 milliards de dollars, devant le Kenya (1,82 milliard), la Namibie (785 millions) et l’Égypte (754 millions). Cette concentration reflète la profondeur du marché sud-africain, où l’assurance-vie joue un rôle important dans la protection financière et la constitution d’une épargne à long terme. Dans une grande partie de l’Afrique, en revanche, ces produits restent principalement accessibles à une fraction de la population, notamment les salariés disposant de revenus réguliers.
L’Algérie illustre cette faiblesse structurelle. Les primes d’assurance-vie y atteignent 172 millions de dollars, soit moins de 14 % du montant des primes d’assurance dommages. Cette configuration met en évidence la place encore réduite de l’assurance-vie dans plusieurs marchés africains. Les perspectives de croissance varient néanmoins selon le degré de maturité des économies. D’après le rapport, l’activité d’assurance-vie en Afrique du Sud devrait progresser de seulement 1 % par an en moyenne, contre 5 % au Kenya et 10 % en Tanzanie. Ces écarts traduisent notamment des marges de développement plus importantes dans les marchés encore peu équipés.
L’assurance dommages bénéficie d’une demande plus diversifiée
Dans l’assurance dommages, également appelée IARD (incendie, accidents et risques divers), la concentration des primes est moins forte. L’Afrique du Sud conserve la première place avec 13,27 milliards de dollars, suivie du Maroc (3,60 milliards), du Kenya (1,75 milliard), de l’Égypte (1,56 milliard), de l’Algérie (1,26 milliard) et du Nigeria (1,037 milliard). Six marchés dépassent ainsi le milliard de dollars de primes, contre trois dans l’assurance-vie. Cette répartition s’explique notamment par la diversité des biens à couvrir : infrastructures énergétiques, installations industrielles, actifs immobiliers et véhicules. Les obligations légales, dont l’assurance de responsabilité civile automobile, soutiennent également la demande.
La réassurance africaine reste rentable, mais limitée en capacité
Le rapport de l’OAA relève par ailleurs la résilience de la réassurance africaine. Pour la troisième année consécutive, les réassureurs du continent ont affiché une rentabilité des capitaux propres à deux chiffres. Sur la période 2016-2025, leur rendement moyen pondéré est resté supérieur à 10 %, malgré les pressions inflationnistes, l’endettement et la volatilité des devises. Cette performance repose notamment sur une meilleure sélection des risques, des ajustements tarifaires dans les branches les plus exposées aux sinistres et des conditions de taux d’intérêt favorables.
La rentabilité ne signifie toutefois pas que le secteur dispose de capacités suffisantes pour couvrir tous les risques. Les opérations de grande envergure dans l’immobilier, l’énergie et l’industrie dépassent encore les moyens de nombreux réassureurs africains. Les assureurs sont donc contraints de céder une partie de ces risques à des acteurs internationaux. L’Afrique du Sud concentre une part importante des capacités de réassurance du continent. En 2025, le pays a enregistré 990 millions de dollars de primes de réassurance IARD et 355 millions de dollars dans la réassurance-vie. Un poids qui confirme le rôle central de son marché dans l’architecture financière de l’assurance africaine.



