Budget 2027 : Le déficit de 2,7% du PIB pourrait compromettre un nouvel accord avec le FMI et le Cameroun
En demandant au gouvernement de construire le budget 2027 sur la base d’un déficit budgétaire de 2,7% du PIB, Paul Biya retient une trajectoire supérieure au seuil communautaire de 1,5% exigé pour la conclusion de nouveaux programmes avec le Fonds monétaire international (FMI). Un écart qui pourrait compliquer les négociations du Cameroun avec l’institution de Bretton Woods, alors que l’État table sur 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires liés à un nouvel accord.

Le Cameroun pourrait aborder les négociations d’un nouveau programme économique et financier avec le FMI dans une position délicate. Dans sa circulaire du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027, le président Paul Biya demande au gouvernement de retenir un déficit budgétaire, dons compris, de 2,7% du produit intérieur brut (PIB).
Cette orientation budgétaire soulève une difficulté au regard des exigences formulées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour la conclusion de nouveaux programmes avec le FMI dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). À l’issue de la troisième session ordinaire de son Comité de politique monétaire, le 28 septembre 2026 à Yaoundé, une source autorisée a rappelé que chaque État devra ramener son déficit budgétaire à 1,5% du PIB en 2027.
« Si en 2027 un seul pays présente un budget avec un déficit au-dessus de 1,5% du PIB, aucun nouveau programme économique et financier ne sera conclu dans la sous-région par le FMI », a-t-elle déclaré. Si cette condition est maintenue, le niveau de déficit envisagé dans la circulaire présidentielle placerait le Cameroun au-dessus du seuil de référence.
Trois pays particulièrement exposés
L’enjeu dépasse le seul cas camerounais. Les six pays de la Cemac sont concernés par cette exigence, mais le Cameroun, le Congo et le Gabon seraient particulièrement exposés, faute de programme actuellement en cours avec le FMI.
Le Congo a achevé en mars 2025 son programme conclu au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Au Gabon, l’accord triennal approuvé en juillet 2021 est arrivé à échéance en 2024. Au Cameroun, les dernières revues du programme associant la FEC et le Mécanisme élargi de crédit (MEDC) ont été approuvées en juillet 2025.
Pour Yaoundé, la perspective d’un nouvel accord revêt une importance particulière dans la construction des budgets à moyen terme. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029 indique que leur bouclage financier repose notamment sur les appuis budgétaires attendus de la conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds. Le ministère des Finances classe d’ailleurs l’absence d’un tel accord parmi les risques susceptibles de peser sur la soutenabilité des finances publiques au cours des prochaines années.
300 milliards de FCFA en jeu dès 2027
Les conséquences potentielles sont chiffrées. Pour l’exercice 2027, le gouvernement prévoit 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires, sous l’hypothèse de la conclusion d’un nouveau programme avec le FMI. Cette enveloppe représente environ 9,5% des besoins globaux de financement de l’État, estimés à 3 161,5 milliards de FCFA. En cas d’échec des négociations, ces ressources attendues pourraient faire défaut. Le gouvernement devrait alors rechercher des financements de substitution, notamment par l’endettement, ou procéder à des ajustements de dépenses et de recettes pour préserver ses équilibres budgétaires.
Une telle perspective intervient dans un contexte régional marqué par la dégradation des comptes publics. Selon le Baromètre économique de la Cemac publié en août 2026, la Banque mondiale estime que le déficit budgétaire moyen de la sous-région est passé de 1,6% du PIB en 2024 à 3,3% en 2025, sous l’effet du recul des recettes pétrolières et des pressions persistantes sur les dépenses. La BEAC retient, pour sa part, un déficit public régional de 4,5% du PIB en 2025, avant une amélioration attendue à 3,3% en 2026. Ces estimations reposent toutefois sur des périmètres statistiques et des méthodes de calcul qui ne sont pas directement comparables.
Des arbitrages budgétaires inévitables
Ramener les déficits à 1,5% du PIB en 2027 nécessiterait donc des ajustements importants, alors que les recettes publiques restent contraintes et que les besoins de financement demeurent élevés. Pour la source interrogée à Yaoundé, la réponse passe notamment par une meilleure adéquation entre les dépenses programmées et les ressources effectivement mobilisables. « Il ne sert à rien de faire des budgets nécessitant d’importants financements alors que ces financements se raréfient. Il suffit d’aligner les dépenses sur les recettes qu’on est sûr de mobiliser », estime-t-elle.
Au Cameroun, le défi consiste ainsi à concilier les priorités de dépenses publiques avec les exigences de consolidation budgétaire. Pour 2026, le FMI estime le déficit global à 1,7% du PIB, tout en considérant que le pays reste dans les limites du critère budgétaire de référence de la Cemac.
Le passage à une cible de 2,7% en 2027 marquerait donc un écart significatif par rapport au seuil de 1,5% évoqué pour les futurs programmes régionaux. La circulaire présidentielle fixe une orientation de préparation budgétaire, mais la trajectoire définitive dépendra des arbitrages retenus et des ressources mobilisées. C’est précisément cet écart entre les ambitions budgétaires et les exigences de convergence qui pourrait peser sur les discussions à venir entre Yaoundé et le FMI.



