Facturation de l’eau : La Camwater confie à un fournisseur chinois le déploiement de 3 000 compteurs intelligents
La Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) vient d’attribuer un contrat de 721,76 millions de FCFA à la société chinoise Hangzhou Laison Technology Company Limited pour équiper Douala et Yaoundé de 3 000 compteurs d’eau intelligents. Cette opération constitue une première étape dans un programme plus vaste de modernisation du recouvrement et de réduction des pertes commerciales. Au-delà de l’acquisition des équipements, l’enjeu économique réside dans la capacité de l’entreprise publique à transformer les données collectées en recettes effectivement encaissées.

La digitalisation de la gestion commerciale de Camwater franchit une nouvelle étape. L’entreprise publique chargée de la production et de la distribution de l’eau potable au Cameroun a retenu la société chinoise Hangzhou Laison Technology Company Limited pour fournir et déployer 3 000 compteurs intelligents, dans le cadre d’un marché évalué à 721,76 millions de FCFA toutes taxes comprises. La décision, signée le 17 août 2026 par le Directeur Général de Camwater, Blaise Moussa, a été rendue publique le 26 août par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP). L’investissement est inférieur de près de 28 % à l’enveloppe prévisionnelle initialement fixée à un milliard de FCFA. L’écart atteint ainsi 278,24 millions de FCFA, une économie budgétaire qui pourrait donner à Camwater une marge supplémentaire pour financer d’autres composantes de sa transformation numérique.
Un marché qui dépasse la simple fourniture de compteurs
Le contrat ne porte pas uniquement sur l’acquisition de 3 000 appareils. Il comprend également les équipements de communication nécessaires à la transmission des données, une infrastructure informatique avec serveurs et logiciels, dix terminaux portatifs, ainsi qu’une interface destinée à connecter le système aux solutions de paiement. Laison devra aussi assurer l’installation des équipements, les tests techniques et la formation des équipes de Camwater. Bonabéri, dans l’agglomération de Douala, et Odza, à Yaoundé, ont été retenus comme zones pilotes. Les documents disponibles ne précisent toutefois pas la répartition des compteurs entre ces deux sites.
Si l’on divise mécaniquement le montant du marché par le nombre d’équipements, le résultat avoisine 240 600 FCFA par compteur. Cette estimation doit néanmoins être interprétée avec prudence, car une part importante du financement couvre l’écosystème numérique, l’installation et l’accompagnement technique. Le délai d’exécution constitue par ailleurs un point à clarifier. Certains documents contractuels retiennent 180 jours, tandis qu’une rubrique de l’appel d’offres mentionne 200 jours. La date effective de livraison dépendra surtout de la notification de l’ordre de service, qui n’était pas encore rendue publique.
Une première étape dans un programme de 40 000 appareils
Les 3 000 compteurs commandés ne représentent que 7,5 % de l’objectif fixé dans le cadre du programme IMPACT, soutenu par la Banque mondiale. Ce programme prévoit le déploiement de 40 000 compteurs intelligents auprès de clients commerciaux actifs à Douala et Yaoundé. Selon les projections réalisées lors de la préparation du programme, l’opération pourrait générer plusieurs millions de dollars de recettes supplémentaires chaque année. Les évaluations préalables tablaient notamment sur une rentabilité interne comprise entre 14 % et 30 %.
Mais ces indicateurs restent à ce stade des projections financières. Leur concrétisation dépendra de plusieurs paramètres : la fiabilité des appareils, leur connexion effective aux systèmes commerciaux de Camwater, la capacité à détecter les anomalies de consommation et, surtout, l’amélioration du paiement des factures. Le programme vise à terme une hausse annuelle de 1,2 milliard de FCFA des recettes réellement encaissées dans les zones couvertes.
Le véritable défi : réduire les pertes et améliorer le recouvrement
L’intérêt économique du projet se situe principalement dans la situation financière et commerciale de Camwater. Le diagnostic utilisé par le programme IMPACT, fondé notamment sur des données de 2022, faisait ressortir un niveau d’eau non facturée proche de 40 %. Autrement dit, une proportion importante de l’eau produite ne se traduisait pas par des revenus pour l’entreprise, en raison notamment des pertes techniques, des branchements irréguliers, des défaillances de comptage ou des difficultés de recouvrement. La Banque mondiale estimait alors à environ 26 milliards de FCFA par an les recettes perdues, tandis que le taux moyen de recouvrement se situait autour de 63 %, loin de la référence de 95 % retenue dans le secteur.
Dans ce contexte, le compteur intelligent constitue moins un simple outil technologique qu’un instrument de sécurisation des revenus. En permettant une remontée plus régulière des données de consommation et une meilleure intégration avec les moyens de paiement, il pourrait réduire les écarts entre l’eau distribuée, l’eau facturée et les sommes effectivement encaissées.
Un précédent à Bonabéri, mais peu de résultats publics
Hangzhou Laison n’est pas totalement nouvelle dans l’environnement de Camwater. L’entreprise affirme avoir déjà installé environ 1 500 compteurs prépayés utilisant la technologie LoRa à Bonabéri en 2021, avec une connexion au logiciel commercial GESCOM. Les informations publiques disponibles ne permettent toutefois pas d’établir un bilan précis de cette expérience. Aucun résultat détaillé n’a notamment été publié sur le fonctionnement des appareils, l’évolution du recouvrement ou les recettes supplémentaires générées. Cette absence de données constitue un élément important dans l’évaluation du nouveau contrat. Le marché attribué en août 2026 ne permet pas encore de savoir si les équipements doivent prolonger, remplacer ou réorganiser le dispositif antérieur.
Une technologie attendue sur le terrain
Le financement de la modernisation commerciale intervient alors que Camwater continue d’afficher une situation financière déficitaire. L’entreprise a enregistré une perte nette après impôts de 2,21 milliards de FCFA en 2024, après un déficit de 3,16 milliards un an auparavant. Pour l’entreprise publique, la réussite du projet sera donc jugée bien au-delà de la livraison des 3 000 appareils. Le véritable indicateur sera leur installation effective, leur fonctionnement, leur connexion à GESCOM et aux solutions de paiement, puis leur capacité à générer des encaissements supplémentaires. À ce stade, le marché attribué à Laison représente essentiellement une décision contractuelle. La création de valeur économique reste encore à démontrer. Entre la promesse technologique et l’amélioration réelle des finances de Camwater, les prochains mois devront apporter les premiers éléments de réponse.



