Marché des titres : Le Cameroun rejoint le trio des États qui paient le plus cher pour leurs BTA
La remontée du coût de l’argent continue de peser sur les finances publiques de la Cemac. En juillet 2026, la Guinée équatoriale, le Congo et le Cameroun ont proposé les rémunérations les plus élevées aux investisseurs sur les bons du Trésor assimilables (BTA). Avec un taux moyen de 6,97%, Yaoundé signe un nouveau record sur ce compartiment, révélateur des tensions croissantes sur le financement à court terme des États.

Le financement des déficits de trésorerie coûte de plus en plus cher aux États de la Cemac. En juillet 2026, le taux d’intérêt moyen appliqué aux émissions de bons du Trésor assimilables sur le marché régional s’est établi à 6,83%, contre 6,99% un an auparavant, selon les données de la Cellule de règlement et de conservation des titres de la BEAC. Derrière cette moyenne régionale se cachent toutefois d’importants écarts entre les États. Trois pays ont rémunéré leurs créanciers au-dessus de ce niveau : la Guinée équatoriale, le Congo et le Cameroun. Avec 7,87%, Malabo arrive en tête, suivi de Brazzaville à 7,24%. Yaoundé complète le podium avec 6,97%. Le classement traduit moins une stratégie volontaire de générosité envers les investisseurs qu’une compétition accrue entre les Trésors de la sous-région pour attirer une épargne devenue plus rare. Les banques, qui constituent encore l’essentiel de la demande sur ce marché, doivent arbitrer entre les titres souverains, le crédit à l’économie et leurs propres contraintes de liquidité et de fonds propres.
Le Cameroun face à une nouvelle réalité financière
Le niveau atteint par le Cameroun est particulièrement significatif. Avec 6,97%, le pays dépasse désormais la RCA, à 6,83%, et le Tchad, à 6,91%, tandis que le Gabon reste nettement en dessous, à 6,48%. Surtout, le taux enregistré en juillet constitue un nouveau sommet pour les BTA camerounais depuis la création du marché régional des titres publics en 2011. Le précédent record remontait à février 2025, lorsque le Trésor avait rémunéré ses émissions à 6,95%. Cette évolution marque une rupture avec le modèle de financement qui avait longtemps distingué le Cameroun. Pendant plusieurs années, le pays bénéficiait de conditions relativement favorables sur le marché régional, en raison notamment de la perception d’un risque souverain contenu et d’une forte demande des banques pour ses titres. Mais cette prime de confiance s’est progressivement érodée.
De 2,67% à près de 7% en quatre ans
L’évolution des taux donne la mesure du changement. Selon les données du ministère des Finances, le rendement moyen des BTA camerounais est passé de 2,67% en 2020 à 6,33% en 2024. En juillet 2026, il atteint désormais 6,97%. Autrement dit, le coût de ce mode de financement a été multiplié par plus de 2,6 en quelques années. Pour plusieurs économistes, cette progression résulte d’un effet de ciseaux. D’un côté, la BEAC a durci sa politique monétaire à partir de la fin de 2021 afin de contenir les tensions inflationnistes. De l’autre, les besoins de financement des gouvernements de la Cemac ont continué de progresser.
« Lorsque plusieurs États sollicitent simultanément la même poche de liquidités, le prix de cette ressource augmente mécaniquement », analyse un cadre économique interrogé sur l’évolution du marché. La hausse des rendements constitue ainsi le reflet d’une concurrence accrue entre émetteurs. À cela s’ajoute la concentration du marché. Les banques jouent un rôle central dans l’absorption des émissions, mais leur capacité à accroître indéfiniment leurs portefeuilles de titres souverains n’est pas illimitée. La saturation progressive de leurs engagements oblige donc les États à offrir des conditions plus attractives pour continuer à mobiliser les ressources disponibles.
Un problème qui dépasse le simple niveau des taux
Pour le Cameroun, l’enjeu est désormais budgétaire. Le marché des titres publics est devenu depuis 2019 l’un des principaux instruments de financement de l’État. Chaque hausse du rendement se traduit donc, à terme, par une augmentation de la charge financière à supporter par le budget. Le phénomène est d’autant plus sensible que les BTA ont une maturité inférieure ou égale à un an. Ils sont conçus pour répondre à des besoins ponctuels de trésorerie, mais leur renouvellement régulier peut créer un risque de refinancement lorsque les conditions de marché se dégradent. Un économiste souligne ainsi qu’« un taux élevé sur une émission isolée reste absorbable, mais lorsque les refinancements successifs se font à des conditions similaires, l’effet cumulé devient beaucoup plus important pour les finances publiques ». Cette situation pousse les autorités camerounaises à chercher de nouvelles sources d’investisseurs afin de réduire la dépendance vis-à-vis du secteur bancaire.
Assureurs, épargne populaire et diaspora dans le viseur
Le Trésor camerounais entend notamment accroître la participation des compagnies d’assurance. Ces dernières disposent de ressources à long terme qui pourraient contribuer à diversifier la base d’investisseurs et à réduire la pression exercée sur les banques. Le développement de produits correspondant davantage aux contraintes prudentielles des assureurs pourrait constituer l’un des leviers. Une base d’investisseurs plus large permettrait au Cameroun de réduire sa dépendance à un nombre limité d’acteurs lors de ses adjudications. L’ouverture progressive du marché aux petits épargnants et aux populations faiblement bancarisées. La progression du Mobile Money et des fintechs offre, dans cette perspective, une infrastructure potentielle pour rendre les titres publics plus accessibles. La digitalisation pourrait également faciliter la participation de la diaspora camerounaise, jusqu’ici peu présente sur le marché primaire des titres du Trésor.



