Industrie de l’aluminium : Alucam renoue avec les bénéfices grâce à des opérations exceptionnelles
Après une année 2024 marquée par de lourdes pertes, Aluminium du Cameroun (Alucam) a retrouvé le chemin des bénéfices en 2025. Cette amélioration résulte principalement d’une indemnisation de 16 milliards de FCFA liée à un différend ou à un sinistre impliquant ENEO, ainsi que d’autres ajustements comptables. Derrière ce retour dans le vert, l’entreprise continue toutefois d’afficher des capitaux propres négatifs, une trésorerie tendue et des capacités industrielles toujours dégradées.

Les états financiers 2025 d’Alucam témoignent d’une nette amélioration de la situation comptable de l’entreprise. Après avoir enregistré une perte nette de 23,8 milliards de FCFA en 2024, le producteur d’aluminium affiche un bénéfice de 279,3 millions de FCFA au terme de l’exercice 2025. Cette performance est largement portée par une série d’opérations exceptionnelles inscrites dans les « autres produits ». Parmi celles-ci figure une indemnité de 16 milliards de FCFA attribuée dans le cadre d’un dossier lié à ENEO. À cette somme s’ajoutent l’annulation de factures non parvenues pour près de 2 milliards de FCFA ainsi qu’une reprise partielle de provision sur le Tarif extérieur commun (TEC) évaluée à 4 milliards de FCFA. Au total, ces éléments ont fortement contribué à redresser les résultats d’une entreprise qui reste confrontée à de nombreuses contraintes opérationnelles.
Une réduction significative des dettes fournisseurs
L’impact de l’indemnisation apparaît également dans l’évolution du passif fournisseur. Les dettes hors groupe sont passées de 36,8 milliards de FCFA en 2024 à 18,1 milliards de FCFA un an plus tard. Selon les informations contenues dans les annexes comptables, la compensation de l’indemnité avec les créances détenues par ENEO a permis d’effacer une partie importante des montants dus à l’électricien. L’opération a même conduit à l’apparition d’un solde favorable à Alucam sur ce compte, modifiant sensiblement la structure des créances et dettes de l’entreprise. Sur le plan financier, cette évolution améliore la présentation du bilan et réduit temporairement la pression exercée par les fournisseurs. Toutefois, elle ne correspond pas à une entrée massive de liquidités dans les caisses de la société.
Une embellie qui ne traduit pas encore un véritable redressement industriel
L’analyse des comptes invite à relativiser la portée de ces résultats. En effet, l’amélioration observée repose essentiellement sur des écritures exceptionnelles et non sur une progression de l’activité productive. Le chiffre d’affaires a poursuivi sa contraction, passant de 94,4 milliards de FCFA en 2024 à 80 milliards de FCFA en 2025, soit une baisse de près de 15 %. Cette évolution traduit les difficultés persistantes rencontrées par l’entreprise dans l’exploitation de son outil industriel.
Depuis plusieurs années, Alucam fonctionne en dessous de ses capacités nominales. Les installations d’Édéa restent affectées par les conséquences d’un incident majeur survenu en 2020, lorsque des perturbations électriques avaient provoqué d’importants dommages sur certaines unités de production. Même si aucun document officiel ne confirme que l’indemnité enregistrée en 2025 est directement liée à cet événement, cette hypothèse demeure crédible au regard du calendrier et du contexte industriel.
L’État appelé une nouvelle fois à la rescousse
Les comptes révèlent également une autre intervention importante des pouvoirs publics. L’État du Cameroun s’est substitué à Alucam pour le règlement d’une dette énergétique de 20,9 milliards de FCFA correspondant aux consommations d’électricité accumulées entre octobre 2023 et décembre 2024. Cette opération illustre le rôle central joué par l’actionnaire public dans le maintien de l’équilibre financier de l’entreprise. Elle confirme également la dépendance persistante d’Alucam vis-à-vis du soutien de l’État pour assurer la continuité de ses activités.
Une recapitalisation devenue indispensable
Malgré le retour aux bénéfices, la structure financière demeure préoccupante. Les capitaux propres restent négatifs à hauteur de 51,9 milliards de FCFA, tandis que le fonds de roulement et la trésorerie nette continuent d’afficher des niveaux défavorables. Face à cette situation, la direction envisage une vaste opération de recapitalisation. Le projet consiste à convertir en capital social une partie des créances détenues par l’État, évaluées à plus de 92 milliards de FCFA à fin 2025. Les commissaires aux comptes indiquent que les démarches nécessaires sont en cours pour une mise en œuvre durant l’exercice 2026.
Au-delà du redressement comptable observé en 2025, l’enjeu pour Alucam sera désormais de restaurer durablement sa capacité de production, renforcer ses fonds propres et retrouver une rentabilité fondée sur son activité industrielle. Sans ces transformations structurelles, le retour aux bénéfices risque de demeurer un épisode ponctuel davantage lié à des ajustements financiers qu’à une véritable relance de l’entreprise.



