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Minerais critiques : L’Inde accélère en Afrique, mais doit encore transformer ses ambitions

Longtemps moins visible que la Chine, les États-Unis ou l’Union européenne dans la bataille pour les minerais stratégiques africains, l’Inde cherche désormais à renforcer sa présence sur le continent. La reprise annoncée des discussions avec la Zambie autour du cuivre et du cobalt illustre cette offensive. Mais entre sécurisation des approvisionnements, financement des projets et exigences croissantes de transformation locale, New Delhi devra franchir plusieurs obstacles pour convertir son intérêt en véritable implantation minière.

La course aux minerais critiques change progressivement de dimension. Cuivre, lithium, cobalt, graphite ou encore terres rares sont devenus des actifs stratégiques pour les grandes puissances industrielles, au même titre que les hydrocarbures l’ont été durant les précédentes décennies. L’Inde entend prendre part à cette recomposition. Le pays doit alimenter une industrie en pleine expansion dans les véhicules électriques, les énergies renouvelables, les batteries, l’électronique et les équipements de haute technologie. Cette pression sur les approvisionnements est appelée à s’accentuer avec l’objectif indien de parvenir à la neutralité carbone à l’horizon 2070.

Dans ce contexte, le gouvernement de Narendra Modi mise notamment sur sa « National Critical Mineral Mission ». Cette politique prévoit de diversifier les sources d’approvisionnement et d’acquérir des actifs à l’étranger. New Delhi ambitionne notamment de disposer d’une cinquantaine d’actifs miniers critiques hors de ses frontières d’ici 2031. L’Afrique apparaît naturellement dans cette équation. Le continent concentrerait environ 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, avec une combinaison particulièrement recherchée de cuivre, cobalt, lithium, graphite, manganèse et terres rares.

La Zambie, un test grandeur nature

La reprise des discussions avec Lusaka pourrait constituer un nouveau point de départ. Selon des informations rapportées par Reuters le 1er septembre, des représentants indiens et zambiens auraient repris leurs échanges le 26 août afin d’examiner des possibilités d’investissement dans le cuivre et d’autres ressources stratégiques. L’épisode est révélateur des difficultés auxquelles se heurte la stratégie indienne. New Delhi avait obtenu en 2025 l’accès à une vaste zone d’exploration de quelque 9 000 km² en Zambie, destinée notamment à rechercher du cuivre et du cobalt. Le projet aurait cependant été bloqué par des incertitudes concernant les droits miniers attachés au périmètre.

La relance des discussions montre donc que l’intérêt géologique ne suffit pas. Pour attirer des capitaux internationaux, les pays producteurs doivent également offrir un cadre réglementaire suffisamment prévisible, tandis que les investisseurs cherchent à sécuriser leurs droits sur plusieurs décennies. Pour les économistes, l’enjeu est double : l’Inde veut réduire sa dépendance à quelques fournisseurs dominants, mais elle doit simultanément composer avec des États africains qui souhaitent désormais obtenir davantage de valeur ajoutée de leurs ressources.

Une prospection qui dépasse largement le cuivre

La stratégie indienne ne se limite pas à la Zambie. Le Malawi fait également partie des pays suivis par Khanij Bidesh India Ltd (KABIL), structure créée pour permettre à l’Inde de rechercher des ressources minières à l’étranger. Cette approche concerne également la République démocratique du Congo, où l’abondance de cuivre et de cobalt constitue un atout majeur, ainsi que le Zimbabwe, dont les importantes ressources en lithium intéressent directement l’industrie mondiale des batteries. Le Mozambique, le Mali, le Maroc et la Côte d’Ivoire figurent eux aussi parmi les pays susceptibles d’intéresser les entreprises indiennes. Cette diversification géographique répond à une logique économique simple : éviter qu’une rupture d’approvisionnement dans un pays ou une région ne fragilise l’ensemble de la chaîne industrielle indienne.

Mais cette stratégie reste encore en phase de construction. En juillet 2025, la compagnie publique indienne NMDC avait déjà indiqué examiner des possibilités d’acquisition d’actifs africains dans les minerais critiques. Depuis, les signaux se multiplient, sans que ceux-ci se soient encore transformés en une vague d’investissements comparable à celle observée chez certains concurrents.

L’Inde arrive sur un marché africain déjà très disputé

Le principal défi de New Delhi est peut-être là. L’espace minier africain n’est plus un marché à conquérir sans concurrence. La Chine dispose d’une avance considérable dans plusieurs segments, notamment le cobalt, le cuivre et les chaînes de transformation. Les États-Unis, l’Union européenne et le Japon cherchent parallèlement à nouer de nouveaux partenariats afin de réduire leur exposition aux chaînes d’approvisionnement dominées par Pékin.

Dans cette bataille, l’Inde possède néanmoins un argument de poids : son immense marché intérieur et la croissance de ses besoins industriels. Elle peut donc proposer aux producteurs africains non seulement des capitaux, mais également des débouchés commerciaux de long terme. Les entreprises indiennes pourraient ainsi privilégier les participations dans des mines déjà opérationnelles ou proches de la production, plutôt que de prendre systématiquement le risque de financer des projets encore très en amont. La Fédération des industries minières indiennes plaide notamment pour la réhabilitation de sites existants et pour la conclusion de contrats d’achat à long terme.

La transformation locale pourrait rebattre les cartes

Pour les pays africains, cependant, la question n’est plus seulement de savoir qui achètera leurs minerais. Ils veulent de plus en plus savoir où et comment ces minerais seront transformés. Cette évolution constitue un paramètre stratégique pour l’Inde. Plusieurs États africains cherchent désormais à limiter l’exportation de minerais bruts et à développer localement le raffinage, la transformation ou la fabrication de produits intermédiaires. L’enjeu économique est considérable. Une tonne de minerai exportée sans transformation génère généralement beaucoup moins de valeur, d’emplois, de recettes fiscales et d’activités industrielles qu’une ressource intégrée dans une chaîne de production locale ou régionale.

New Delhi devra donc probablement adapter son offre. Des investissements dans l’extraction pourraient ne plus suffire. La construction d’unités de traitement, la formation de la main-d’œuvre, les infrastructures énergétiques et logistiques ou encore le financement de chaînes industrielles pourraient devenir des composantes déterminantes des futurs partenariats. Le think tank indien CSEP estime précisément que l’Inde doit davantage tenir compte des priorités fixées par les gouvernements africains. Autrement dit, sécuriser l’accès aux minerais ne pourra durablement fonctionner selon une logique de simple achat de matières premières.

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