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Or africain : Ouverture d’une nouvelle piste pour récupérer les milliards de la contrebande

La bataille contre la contrebande d’or change de terrain en Afrique. Plutôt que de se limiter à la répression, plusieurs pays cherchent désormais à rendre le commerce artisanal suffisamment attractif pour le faire basculer vers les circuits officiels. Le Ghana, qui a renforcé le rôle de son Gold Board dans l’achat et l’exportation de l’or artisanal, sert de laboratoire. La Zambie veut à son tour s’en inspirer, avec l’ambition de faire émerger plus de 1,8 milliard de dollars de valeur dans une filière aujourd’hui largement informelle.

Le paradoxe est saisissant : l’Afrique dispose d’un sous-sol aurifère parmi les plus riches au monde, mais une partie importante de cette production disparaît des statistiques nationales avant même d’atteindre les circuits commerciaux officiels. Selon SWISSAID, entre 321 et 474 tonnes d’or artisanal seraient produites chaque année sur le continent sans être déclarées. La valeur correspondante est estimée entre 24 et 35 milliards de dollars. Une partie substantielle de ces volumes transite ensuite par les Émirats arabes unis, devenus l’un des principaux centres mondiaux du négoce aurifère.

La Zambie illustre particulièrement cette distorsion statistique. En 2023, les données commerciales internationales faisaient apparaître près de 1,8 milliard de dollars d’or attribué au pays et importé par les Émirats, alors que les statistiques officielles zambiennes comptabilisaient moins de 128 millions de dollars d’exportations. L’écart ne constitue pas seulement une anomalie comptable : il représente des recettes d’exportation, des devises et des ressources fiscales qui échappent potentiellement à l’économie formelle.

Accra tente de transformer la fuite en recettes

C’est précisément sur ce terrain que l’expérience ghanéenne attire désormais l’attention. Le Ghana a renforcé la centralisation de l’achat et de l’exportation de l’or artisanal autour du Ghana Gold Board, ou GoldBod. Les premiers résultats sont spectaculaires. Les exportations officielles d’or artisanal seraient passées de 63,6 tonnes en 2024 à environ 103 tonnes en 2025. Les recettes en devises associées auraient atteint 10,8 milliards de dollars. Une analyse réalisée par des économistes de l’Université du Ghana estime pour sa part à 3,8 milliards de dollars la valeur des volumes additionnels qui auraient été ramenés dans le système officiel au cours de 2025. Pour les économistes, l’intérêt du modèle réside moins dans la création d’un acheteur public que dans la modification des incitations. En offrant aux producteurs et négociants un débouché légal, centralisé et plus prévisible, l’État cherche à réduire l’attrait des circuits clandestins.

La Zambie veut capter une nouvelle manne

La Zambie entend appliquer cette logique à son secteur aurifère artisanal. ZCCM-IH, la société d’investissement minier contrôlée par l’État, estime que la formalisation pourrait libérer plus de 1,8 milliard de dollars de valeur dans la filière. L’objectif économique est double. Il s’agit d’abord de rapatrier dans les statistiques officielles une production actuellement commercialisée en dehors du système national. Il faut ensuite transformer cette production supplémentaire en devises, recettes publiques et activité économique locale. Cette orientation intervient alors que plusieurs pays africains examinent l’expérience d’Accra. Des responsables tanzaniens se sont notamment rendus au Ghana pour étudier le dispositif, tandis que le Burundi cherche lui aussi à comprendre comment réduire l’écart entre sa production réelle et ses exportations déclarées.

Le volume récupéré ne garantit pas la rentabilité

Mais l’équation ghanéenne comporte un important angle mort financier. Le programme d’achat domestique de l’or a généré environ 1,7 milliard de dollars de pertes pour la Banque du Ghana en 2025. Ces pertes illustrent une difficulté centrale : récupérer la production clandestine peut coûter très cher lorsque l’État devient lui-même un acteur majeur du marché. Le FMI souligne ainsi que le risque budgétaire ne disparaît pas avec le transfert des opérations au GoldBod. Si les pouvoirs publics achètent l’or à des conditions trop généreuses ou supportent des coûts élevés d’intermédiation, la formalisation peut déplacer la facture vers les finances publiques. L’analyse économique est donc claire : la lutte contre la contrebande ne doit pas être évaluée uniquement à partir des tonnes supplémentaires exportées. Il faut mesurer le coût de chaque tonne récupérée, les recettes fiscales générées et le gain net en devises.

Le défi fiscal reste entier

En 2025, les petites exploitations auraient représenté plus de la moitié de la production aurifère du Ghana, tout en acquittant moins de 500 000 cedis d’impôts. À titre de comparaison, l’ensemble du secteur minier aurait généré près de 19 milliards de cedis de recettes fiscales, essentiellement grâce aux grandes exploitations. Cette situation montre que la formalisation commerciale et la fiscalisation sont deux étapes différentes. Un État peut parvenir à faire passer davantage d’or par ses canaux officiels sans nécessairement augmenter ses recettes fiscales dans les mêmes proportions. Accra a donc réintroduit depuis mars 2026 une redevance de 2 % sur la petite exploitation aurifère, après avoir supprimé l’année précédente une retenue de 1,5 %. Le dosage fiscal reste délicat : taxer trop fortement les producteurs risque de recréer l’avantage compétitif de la contrebande.

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